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Semaine 19 : Deerhunter - Monomania


“I guess my time as a musician has gone by so fast that I realized that I have no personal life. The other guys in Deerhunter, they all found things. And I just have monomania. I always will. I'm obsessive about one thing, that there's one thing that's going to make me happy and it's making music, or there's one thing that's going to make me happy and it's this person.”

En 2011, alors que Bradford Cox est en promo pour son album solo, il évoque au magazine Rolling Stone son état dépressif et son rapport avec la musique. Avec ces quelques mots on comprend quelque part comment en est il arrivé là, comment Bradford Cox est devenu une véritable icône de la musique indé. Ce qui le démarque des autres c’est qu’il ne fait pas de la musique pour vivre mais vit pour sa musique et pousse ce mode à l’extrême.

Depuis les débuts chaotiques avec Turn It Up Faggot en passant par son expérience solo, Bradford Cox a signé 9 albums dont la moitié est indispensable. On ne compte même pas les splits albums, les nombreuses mixtapes balancés sur le net où les EPs qui viennent prouver que non seulement Bradford Cox est l’un des songwriters les plus prolifiques de sa génération, mais aussi un des plus doués. Même dans les disques moins notables, l’artiste qui va fêter ses 31 ans a toujours montré un sens de la mélodie hors du commun.

Cela fait déjà trois ans que Deehunter n’avait pas donné de nouvelles, plus depuis Halcyon Digest un des sommets de leur carrière. Heureusement, nous n’étions pas en reste puisqu’on avait eu le droit entre temps à une cinquantaine de chansons balancées d’un bloc sur son blog. Parallax, un album solo qui prolongeait l’expérience pop amorcée avec Halcyon Digest ou encore Spooky Action at a Distance l’excellent album de Lockett Pundt, seconde tête pensante de Deehunter qui prouvait que lui aussi en avait sous la pédale.

Cependant, l’annonce de Monomania, leur sixième album, nous avait excité au plus haut point. On parle du meilleur groupe actuel tout de même! L’attente aurait pu être interminable s’ils n’avaient pas présenté très tôt sur le plateau de Jimmy Fallon le single éponyme. Ce disque est l’occasion pour le groupe de prendre une nouvelle forme avec un guitariste en renfort, un nouveau bassiste et… Bradford Cox grimé en Connie Lungpin alter Ego rock’n’roll et Ramonesque avec deux doigts ensanglantés dans des bandages grossiers (pour la blague hein…). Ce premier extrait donne le ton de leur album à venir. C’est crade, garage, nerveux. Jamais le groupe n’avait semblé si survolté depuis leurs débuts. La surprise est totale, après leur excursion très pop on ne s’attendait pas à un album punk garage de leur part. Monomania prend à contre pied nos attentes. Alors qu’on est tellement habitué à voir tant de groupes adoucir leur son, Deerhunter fait marche arrière et remonte même jusqu’en 2005. A côté, les disques Microcastle et Cryptograms paraissent d’une clarté irréprochable.
L’ouverture Neon Junkyard confirme ce que le single annonçait et c’à quoi nous devons nous attendre les douze titres durant. La voix de Bradford Cox est des plus saturés, tout comme les guitares rêches, brouillonnes qui sortent du lot dans cette cacophonie ambiante. La transformation la plus troublante reste le chant de Cox. Il ne chante plus, il crie à gorges déployés, il est en colère et cette rage se ressent sur la quasi-totalité du disque. Autant être clair, ceux qui avaient été charmés par leurs pérégrinations pop risquent d’être chamboulés, voire déçus, par ce disque qui ne cherche pas à caresser nos oreilles.
                                                                                                                              
Monomania est d’ailleurs perturbant, alors que leurs compositions gagnaient avec le temps en complexité, Deerhunter a  rongé jusqu’à l’os les compositions. La démarche se veut plus instinctive, plus directe, plus animale. Les premières écoutes sont donc déconcertantes, le disque n’atteint pas en terme qualitatif leurs meilleurs albums. Encore une fois, quelques chansons sont un cran en dessous ou plutôt s’imbriquent mal dans l’album comme le titre acoustique Nitebike ou The Missing, écrite par Lockett Pundt, une très belle chanson mais qui ne cadre finalement pas si bien que ça avec le reste. On regrette aussi que la promesse d’un disque punk garage ne soit pas tout à fait tenue. Si le chant est toujours enragé, on surprend des mélodies légères et pas forcément rock’n’roll comme sur les couplets de Blue Agent, une sorte de ballade pas vraiment belle, pas vraiment entrainante qui a le cul entre deux chaises à cause des instruments qui paraissent inoffensifs.
                                         
Monomania n’est pas le chef d’œuvre attendu mais reste une nouvelle fois un excellent disque de la part de Deerhunter et pour plusieurs raisons, la première étant que tous ces défauts font parties intégrantes de leur charme. Deerhunter a toujours été bancal et imparfait, une sorte de monstre dans lequel on aperçoit une grande beauté comme He Would Have Laughed qui concluait leur précédent disque. La chanson avait beau paraitre dissonante, elle finissait par nous faire chavirer. Si l’étrangeté ne finit pas ici par révéler la beauté du disque elle vient appuyer le discours et les intentions de Bradford Cox qui était de signer un disque malade et corrosif. Des quintes de toux effrayantes de T.H.M. aux étranges cris poussés sur Leather Jacket II, Cox tire la sonnette d’alarme et témoigne de son malaise. Monomania ne tourne pas rond, il y a quelque chose de pourri dans leur royaume, mais il est pourtant une nouvelle fois une démonstration de force du songwriting de l’auteur, l’autre grande force du disque. Couplets, ponts, refrains… Tout s’imbrique parfaitement sur ce disque, le groupe arrive encore à nous épater sur ce point où toutes les compositions, même dans leurs moments de faiblesses, font preuve d’inventivités et de trouvailles réjouissantes. T.H.M. est un vrai crève cœur et Back To The Middle nous fait fondre avec son solo de guitare presque dramatique… On pourrait passer au crible tous les titres tant l’écriture est un modèle de simplicité et d’efficacité.

On enrage avec Monomania, énième album réussi de la part de Deerhunter mais qui ne décrochera pas la première place du top 2013 et restera une nouvelle fois au pied du podium la faute aux quelques imperfections qui peuplent le disque. L’album ne manque pas de qualités pourtant, en particulier la cohésion en termes de production qui n’avait jamais été aussi grande. Qui plus est, Deerhunter possède cette grande qualité qui est de surprendre son auditeur. On pouvait s’attendre à une suite dans la lignée de Halcyon Digest mais Monomania nous prend à revers et montre un groupe qui possède encore une belle marge d’avance sur les autres. Cette marge d’avance ne devrait d’ailleurs pas faiblir avec les années tant que Bradford Cox garde sa flamme intacte. C’est dans son malheur, dans cette passion dévorante qu’il a pour la musique, cette monomanie qu’il nous fait rêver et nous fais continuer à aimer passionnément la musique.


Label : 4AD
Sortie le : 7 mai 2013
5 titres en écoute dans le lecteur à droite

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Semaine 7 : Pissed Jeans - Honeys


L’année dernière on découvrait un trio en provenance du Canada qui avait fait grand bruit avec un premier album de fous furieux. Porté par le prestigieux label Sup Pop, Metz signait un disque jouissif qui leur a permis d’être au devant de la scène du genre Hardcore / Noise rock. Voir ces trois jeunots remporter tous les suffrages semble avoir fait réfléchir nos gars de Pennsylvanie qui, quatre ans après King Of Jeans, reviennent en grande pompe avec Honeys. Parce que le Hardcore c’est pas un truc de bouffeurs de caribou. Parce que porter la barbe et des chemises à carreaux c’est pas suffisant pour être crédible quand il s’agit de tout faire péter. Pissed Jeans, apparu au milieu des années 2000, décide de reprendre leur place de digne héritier de Jesus Lizard.

Bien sûr on n’est pas là pour faire un procès à Metz, surtout qu’on aime beaucoup ce groupe. D’ailleurs, leur premier album et Honeys s’avèrent finalement complémentaires. Là où nos canadiens réussissaient un joli hold-up en enchaînant les bombes instinctives qui vous tenaillez à la première écoute, Pissed Jeans est plus fourbe. Leur quatrième album ressemble à un lendemain de cuite brumeux, les guitares sont brouillonnes et l’ambiance générale se veut lourde et loin de l’urgence de Metz. C’est un peu comme si nos gars d’Allentown avaient déjà tout dis sur le sujet et ne ressentaient plus l’envie ou le besoin de tout faire cracher.

C’est ce qui fait leur point fort comparé à Metz qui pendant 30 minutes non-stop grattait les cordes à toute vitesse jusqu’à l’épuisement, état que l’auditeur finissait par atteindre lui aussi puisqu’il n’avait pas une seconde de répit. Plus équilibré, Honeys varie bien plus les rythmes ce qui nous permet de respirer, de reprendre des forces avant la prochaine salve. C’est là que les années d’expériences parlent. On ressent dans leur musique une réflexion plus poussée que, je bois une bière et je fais cracher mon enceinte jusqu’à saturation. Les genres et les ambiances varient pour notre bien être mental.

Honeys reste cependant un disque exigeant qui vous malmène car très brouillon. Les sons et les rythmes sont hachés, les instruments malmenés et il faudra plusieurs écoutes avant d’adhérer au son lourd et puissant de Pissed Jeans. Ils ont beau tapé comme des beaux diables, au premier abord, leur punk n’est pas toujours percutant et tranche avec la nouvelle génération qui a tendance à chercher l’efficacité.

Au final, Honeys s’impose par son originalité et cette envie de ne pas répéter les mêmes schémas sur les douze compositions. Malgré ses quelques défauts, Pissed Jeans réussit à signer un disque qui impressionne par la puissance qui s’en dégage. Au jeu des comparaisons, si Metz est pour les apprentis amateurs de noise rock, nos anciens sont pour des auditeurs plus confirmés mais pourrait être la passerelle entre ces deux univers.  Moins immédiat, on sent un disque plus propice à la maturité qui pourrait mieux vieillir avec les années. C’est donc un match nul entre les deux formations de Sub Pop mais l’avantage dans la musique c’est qu’on n’a pas forcément de gagnants et que les deux groupes sont avant tout d’une grande complémentarité qu’on préférera à l’un plutôt que l’autre selon notre humeur.


Label : Sub Pop
Sortie physique le : 12 février 2013
5 titres en écoute dans le lecteur à droite
                     
Pour :
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Semaine 6 : My Bloody Valentine - m b v


Finalement, il aura fallu attendre 21 ans (et quelques mois) pour entendre le successeur de Loveless et mettre fin à une des plus longues arlésiennes de l’histoire du rock. Pour bien comprendre, il faut remonter en 1991 lorsque sort Loveless, un classique instantané qui créer un genre à part, le shoegaze. Kevin Shields et sa bande écrivent un chef d’œuvre, un disque incontournable dans l’histoire du rock, un disque parfait, intemporel (ouai, là c’est le moment de sortir les superlatifs en fait). Auréolé de ce succès, le groupe signe un gros chèque avec Island Records et engloutissent la totalité de leur argent dans un studio inutilisable. C’est donc en 1993 que les merdes commencent. S’ajoute à cela la pression que subit Kevin Shields face au succès critique de Loveless, la tête pensante va devenir incapable de boucler ce troisième disque qui va petit à petit se faire oublier. Avec les années, My Bloody Valentine ne va devenir plus qu’un souvenir d’adolescence, chacun se consacrant à un nouveau projet et Kevin Shields se contentant d’aider d’autres artistes à la production ou à l’écriture.

C’est en 2007 que le web, apparu entre temps, s’excite après que Kevin Shields annonce le retour de My Bloody Valentine sur scène. Dans la foulée, il précise que le troisième album enregistré en 1996 est au 3/4 terminé. Et ouai, le mec il balance ça trankilou comme s’il bossait sur ce disque depuis 10 ans et qu’il avançait à son rythme. Mais cette excitation va être de courte durée puisque ce nouvel album va être sans cesse repoussé, retardé avec de nombreuses excuses à la clé. Et puis la semaine dernière, dans la nuit du 2 février, le mec vend le disque sur sa page. Bien sûr, personne n’a encore écouté la bête que c’est déjà un succès commercial. Le site plante, le manager annonce 30 000 disques vendus dont 15 000 vinyles en 24h (ce qui le fait déjà rentrer dans le top des ventes vinyles de 2011) et c’est tout naturellement dimanche la bouche encore pâteuse que l’on découvre la bête de 20 ans d’âge.

Les premières écoutes s’avèrent clairement décevantes, disons qu’après tant d’années on pensait tomber sur un disque un peu plus fou ou tout simplement avec de meilleures mélodies parce que bon, au début, c’est pas la folie du tout. Dans son ensemble le disque laisse entrevoir derrière ses épaisses couches de guitares distordues une dream pop vaporeuse un peu molle. Au jeu des comparaisons, m b v se révèle beaucoup moins percutant que Loveless, disque de toute façon insurpassable puisque parfait (on se répète mais bon c’est important de comprendre que pour un mec qui s’appelle Kevin c’est déjà bien d’avoir fait un truc qui restera dans l’histoire). Passé les trois premières écoutes, on a l’impression d’avoir écouté un truc très brouillon et amorphe. m b v, c’est un peu comme votre vieil oncle super sympa à l’époque mais qui était devenu aussi fun qu’une poignée de porte depuis qu’il s’était pris un train en pleine tête. On commence à se demander si on se serait pas un peu foutu de notre gueule au vu des critiques (en une journée la moitié de la population avait déjà son avis quand même hein) qui s’étaient pas mal excitées sur un truc qui faisait beaucoup de bruit pour rien. Avions-nous là la fameuse madeleine de Shields qui leur rappelait leur jeunesse qui fout le camp? La réponse est non car m b v, loin d’être le disque parfait, propose quelque chose de nouveau et réussi en étonnant l’auditeur.
La grande force est là, 22 ans ont coulé sous les ponts et des sosies de My Bloody Valentine, on en a connu beaucoup entre temps. Pourtant, m b v écrit un disque shoegaze qui détonne comparé à ses enfants. Si ce genre qu’ils ont inventé a souvent était associé au rock, My Bloody Valentine en vient parfois à la dream pop nébuleuse. Les guitares deviennent claires et léthargiques, elles tentent de se frayer un chemin à travers le mur sonore des basses et des effets toujours plus nombreux. Quand déboule Is This And Yes, titre apaisé où Bilinda Butcher (qui est la seule à avoir bien vieillie, elle s’est même embellie tiens) pose sa voix aiguë sur un synthé façon orgue, on n’est presque pas étonné tant la chanson cadre avec l’ambiance générale de l’album. Si différent et pourtant m b v aurait pu sortir en 1996 que cela n’aurait choqué personne, comme Loveless aurait pu lui, sortir cette année. m b v tout comme son prédécesseur possède cette intemporalité, souvent la marque des grands disques.

Enfin ça c’est pour les deux premiers tiers qui sont certes hautement recommandables mais qui vont être vite oubliés par la triplette déjà culte. Globalement, si les 6 premiers titres sont une rétrospective de tout ce que peut être le shoegazing (du poppy New You au plus rugueux Who Sees You) sans répéter ce qui a déjà été fait sur Loveless, In Another Way, Nothing Is et Wonder 2 qui clôturent l’album tentent de voir au-delà. In Another Way est quasiment le premier titre qui envoie le bois. Les guitares agressives sont dominées par ce synthétiseur sorti des années 90 aux airs rêveurs. L’alliance entre les deux instruments qui pourtant s’opposent donne un ton psychédélique à ce titre qui pourrait rappeler un 1979 des Smashing Pumpkins en beaucoup plus bruitiste. Ensuite, débarque Nothing Is, un titre instrumental et expérimental là encore bourrin où les guitares électriques deviennent une véritable machine de guerre qui répète en boucle les trois mêmes notes durant toute la chanson. Le son ne cesse de s’amplifier comme si les couches se rajoutaient les unes aux autres mais la guitare devient de plus en plus précise. Nothing Is est un rouleau compresseur qui grille vos derniers neurones mais terriblement jouissif. Enfin, Wonder 2 est sans conteste le morceau le plus étonnant avec ces moteurs à réaction passé à l’envers puis  à l’endroit. Ces trouvailles sonores donnent à la chanson tout son aspect dissonant. Il est amusant d’avoir autant de plaisir à l’écoute d’un titre où rien ne semble être en harmonie et pourtant on est tout de même fasciné par les sons crées par Kevin Shields.

On regrette que le reste du disque ne soit pas à l’image de ces trois dernières chansons où l’on découvre un My Bloody Valentine qui va réellement de l’avant. On regrette que ce disque soit trop  nébuleux et trop avare en mélodies malgré le son démentiel qui s’en échappe. Malgré ses failles, My Bloody Valentine continue de captiver les foules et m b v vient s’ajouter à une discographie exemplaire qui clôt une trilogie brillante. A défaut d’être un chef d’œuvre, cet album pourrait ouvrir les portes d’un horizon nouveau entrevu dans ces trois derniers morceaux mais ça, il faudra attendre encore un bon moment avant de connaitre la fin de l’histoire.


Label : Pickpocket
Sortie digitale le : 2 février 2013
Sortie physique le : 22 février 2013
5 titres en écoute dans le lecteur à droite

Pour :
Bon pour les oreilles (que je rejoins pas mal excepté sur la comparaison Loveless 2.0 pour les six premiers titres, mais si t'as rien compris à ma chronique jette un oeil à la sienne)
Les critiques musicales
Dum Dum
Mille Feuilles
Goûte mes disques
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Couci couça :
La musique à papa
Indie Rock Mag
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Contre :
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Semaine 5 : Ducktails - The Flower Lane


Retrouver Ducktails en album de la semaine n’est pas vraiment une surprise tant on aime l’homme derrière ce projet. Au commande du groupe il y a Matthew Mondanile qui s’est lancé dans cette aventure en 2008 mais ce n’est qu’un  an plus tard qu’on fera sa connaissance avec son side-project qui va très vite dépasser son bébé, les désormais incontournables Real Estate. Dès leur premier album on a été, il faut le dire, sur le cul avec leur pop mélancolique et ensoleillée aux harmonies enchanteresses. Du coup, 3ème meilleur disque en 2009 et 4ème en 2011 pour leur deuxième et dernier album en date. Ouai on est bien fan et pourtant, on ne s’était jamais trop attardé sur Ducktails excepté quelques écoutes inattentives de III: Arcade Dynamics qui ne nous avait pas laissé de souvenirs impérissables.

The Flower Lane son cinquième album studio est l’occasion de réparer cette erreur d’autant plus qu’il rejoint la grande maison Domino, promesse d’un disque plus ambitieux et plus propre. Forcément lorsqu’on est reçu sur un si gros label, l’heure à la déconnade est révolue et ça s’entend dès la première écoute. Matthew Mondanile a décidément mis les petits plats dans les grands en s’associant avec une pléthore d’invités. On retrouve ainsi Daniel Lopatin (Oneohtrix Point Never, Ford & Lopatin) aux synthés, Joel Ford (Ford & Lopatin) à la basse, Madeline Follin (Cults)  et Jessa Farkas (Future Shuttle) qui font une apparition derrière le micro, Sam Mehran à la guitare (ex-Test Icicles) et le groupe Big Troubles en backing band. Bref, le mec s’est fait plaisir et si tous ces invités auraient pu nous filer une indigestion, il faut savoir qu’ici tout est très bien élaboré afin de nous livrer un disque réussi et grisant de bout en bout.
Ce qu’on aime dans The Flower Lane, c’est de retrouver toutes les inspirations et tout son amour pour un large éventail de la pop des années 80 parfaitement assimilées ici. De Peter Gutteridge (dont il fait une reprise) à Prefab Sprout en passant par Orange Juice, le garçon fait le grand écart sans tomber dans le piège de l’hommage trop évident. Rien de plus agaçant qu’un album qui rappelle tel groupe sur telle chanson, puis machin et ainsi de suite… Ici, le petit malin ne cesse de brasser ses influences qui se retrouvent toutes sur chaque chanson. Au lieu de faire tour à tour un pastiche de chaque artiste qu’il a chéri dans sa jeunesse, il a préféré piocher des idées ici et là pour livrer au final 10 compositions détonantes, cohérentes et originales. Plus qu’un hommage à ces groupes, Il rend hommage à une époque sans jamais tomber dans la copie conforme.

Ce qui pourrait être presque un exercice de style n’en est rien, on est face à un artiste qui a parfaitement appris sa leçon et qui la récite non sans passion et en apportant sa touche personnelle. The Flower Lane aurait pu ressembler à un délire rétro voire ringard mais c’est sans compter sur le génie de Matthew Mondanile qui vient jouer dans la même cour que ses amis contemporains de Destroyer ou Ariel Pink. Il insuffle a ses compostions ensoleillées des saxophones et des guitares 80’s du plus bel effet. Cerise sur le gâteau, Real Estate a finit par dépeindre sur lui lorsqu’on écoute l’ouverture Ivy Covered House qui possède ce même amour pour le mariage des guitares, des mélodies émouvantes, nostalgiques et estivales à laquelle il faut rajouter toutes les références citées plus haut.

Au-delà de ses modèles, Matthew Mondanile confirme ce talent pour écrire de jolies mélodies pop qui font mouche à chaque fois. Il n’y a rien pas grand-chose à jeter même si les compositions se révèlent un ton en dessous des grands dieux suprêmes que sont Real Estate. Avec The Flower Lane, il démontre surtout qu’il faut compter sur son projet solo et qu’il est lui aussi capable de sortir de (très) bons disques à défaut d’être grands.



Label : Domino
Sortie le : 29 janvier 2013
5 titres en écoute dans le lecteur à droite

Pour :
SWQW
Anti léthargique
Onlike
Des chips et du rosé
Benzine
Random Songs
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Semaine 3 : L. Pierre - The Island Come True


Si le nom de L. Pierre ne vous dis rien, Aidan Moffat, son vrai nom, vous en dira peut être un peu plus. Ce jeune quarantenaire barbu, jovial et prolifique a été pendant 10 ans un des deux membres d’Arab Strap, soit un des groupes les plus chéris par les trentenaires indie vieillissants d’aujourd’hui. (Ne rions pas, on parlera comme ça de nous avec des groupes comme Arcade Fire, Beach House ou Grizzly Bear). Après leur séparation, chacun a fait son bonhomme de chemin, d’un côté Malcolm Middleton et sa discographie directe et exemplaire et puis notre ami Moffat de l’autre. Sous  le pseudo de L. Pierre, Aidan a sorti trois albums dans la même veine que The Island Come True, à la différence qu’il n’hésitait pas à étirer en longueur ses morceaux à l’inverse de celui-ci qui se veut bien plus concis mais toujours aussi savoureux.

La principale qualité de cet album est toute simple. The Island Come True est avant tout une invitation au voyage, il faut accepter de se laisser embarquer dans cette B.O. fictive et laisser l’imaginaire prendre le dessus. Ainsi, L. Pierre nous renvoie à deux albums essentiels des années 2000. The Caretaker d’une part (8ème de notre top albums 2012) et KingCreosote & Jon Hopkins de l’autre (7ème de notre top albums 2011), tout y est encore une fois une question d’ambiance. D’entrée KAB 1340 nous transporte dans un port Ecossais, Les vagues s’abattent sur les coques des bateaux et les cloches résonnent au loin. Il faudra attendre le milieu de la chanson avant d’entendre les premières notes, elles viendront de ces violons hantés répétant en boucle la même mélodie.
Ne vous fiez pas à la pochette ou du moins pour son côté chaleureux car la musique d’Aidan Moffat sent la naphtaline, les pianos sont détraqués et les instruments passés. Jamais à la fête, l’ex Arab Strap livre un disque sombre et fantomatique. L’Ecossais semble avoir puisé ses inspirations dans les années 50, on entend ainsi, à travers les craquements et le souffle d’un vinyle fatigué, des mélodies tous droits sortis de vieux films ponctuées par des interludes intrigantes et loufoques. Tour à tour on tombe sur un jingle pub envoûtant (Now Listen!), ou une jeune fille poussant la chansonnette (Dumbum).

Bien sûr le concept aurait pu tomber à l’eau si L. Pierre n’avait pas réussi à composer ces 7 chansons toutes aussi réussies les unes que les autres. Que ce soit basé sur un piano (les très beaux Harmonic Avengers et Exits) ou d’instruments à corde, il en ressort des sentiments mêlés d’inquiétude et de tristesse.

The Island Come True n’est pas un trip nostalgique c’est la bande sonore de nos rêves, la B.O d’un film étrange qui passerait en boucle les mêmes images intrigantes et mélancoliques. Surtout, Aidan Moffat invite son auditeur à s’abandonner pour mieux laisser notre imaginaire nous contrôler. Mystérieux et beau à la fois, The Island Come True est donc un disque indispensable pour les songeurs, les étourdis et les romantiques, ceux qui passent plus souvent leur temps les yeux rivés sur les nuages que les pieds sur terre.


Label : Melodic Records
Sortie le : 14 janvier 2013
5 titres en écoute dans le lecteur à droite

Pour :
Des chips et du rosé
Les chroniques de Charlu
Sound Of Violence
With Taste
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Couci couça :
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Contre :
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Semaine 42 : Godspeed You! Black Emperor - 'Allelujah! Don't Bend! Ascend!


C’est à la fin de l’année 2006 que je fais connaissance avec le groupe déjà culte Godspeed You! Black Emperor.  Avec seulement trois albums à leur actif, le groupe se sera imposé comme une figure incontournable des années 2000. Refusant de participer au traditionnel circuit promo, le groupe a toujours été catalogué comme extrémistes que ce soit dans sa musique ou dans les idées véhiculées. Chaque disque a été l’occasion pour ces 8 Montréalais d’exposer leurs idées sans compromis qui leur vaudra d’être catalogué d’anarchistes, voire de terroristes. Mais à l’époque, je m’en foutais un peu de tout ça, on est à la fin de l’année 2006 et alors que Joanna Newsom sort un des albums les plus marquants de ma petite vie, un second fait irruption : Yanqui U.X.O.

Loin d’être un grand fan de la musique dite post-rock (soit des groupes qui étirent le morceau sur des durées indécentes), rare sont les albums qui m’auront autant touché.  Pendant plusieurs mois, Ys et Yanqui U.X.O. auront été mes seuls compagnons. Etrangement ces deux disques se faisaient écho. Hormis la longueur des compositions (oscillant entre 7 et 17 minutes pour YS et de 6 à 22 minutes pour Yanqui U.X.O.), on retrouvait Steve Albini aux manettes avec plus ou moins d’implication. Enfin, et le plus frappant, c’est surtout la tristesse et la beauté que dégageaient chacun de ces disques qui les rapprochaient. Tandis qu’on apercevait une lueur d’espoir dans la musique de Joanna Newsom, Godspeed You! Black Emperor peignait un monde en train de s’écrouler. Tragiques, sans jamais tomber dans le mélo, ces deux disques avaient réussi à me bouleverser, les faisant ainsi rentrer dans mon panthéon personnel. Malheureusement, alors que Joanna Newsom continue son épopée folk (un excellent troisième et triple album de deux heures est paru en 2010), Godspeed You! Black Emperor avait annoncé sa séparation en 2003. Fatigué par le cercle infernal des tournées et en absence d’un discours fort, ils avaient préféré se séparer.

Laissant un trône vacant, une multitude de groupes post-rock nés sur les cendres de ces Canadiens devenus sacrés tenteront de s’imposer comme le nouveau chef de file en vain. Pas une larme, pas un frisson, rien. Seul Godspeed You! Black Emperor aura été capable de provoquer en moi des sensations aussi fortes. Les années passèrent et l’intérêt pour ce genre faiblit au point de s’en désintéresser totalement mais la surprise vint en 2010 quand le groupe annonça se reformer pour une poignée de concerts. Bien que tous espéraient voir le retour de cette formation avec un cinquième album studio, le groupe, qui n’est pas du genre à enregistrer pour le plaisir, laissait les fans dans le doute. Mais v’la t’y pas que le 1er octobre on apprend que le groupe a enregistré un nouvel album! Et qu’ils le vendent déjà sur le lieu de leurs concerts! Et qu’il sera disponible le 15 octobre pour tout le monde!
'Allelujah! Don't Bend! Ascend! est donc leur quatrième album studio et fait écho au printemps érable survenu au Québec cette année. La première chanson intitulée Mladic (en référence à Ratko Mladić, arrêté en 2011) est d’ailleurs un cri de rage et de colère, un cri vrombissant qui s’élève un peu plus au fil des minutes. La première chanson passée, le constat est évident, bien qu’elle soit d’une violence qu’on a rarement connue chez eux, Godspeed You! Black Emperor revient là où ils avaient laissé les choses ce qui est peu étonnant puisque les deux titres phares du disque ont été écrits il y a de cela 10 ans et même joués lors de leur dernière tournée. Les deux titres inédits (le disque contient donc 4 pistes si tu sais compter) sont des plages plus expérimentales qui lorgnent du côté de la musique drone. Alors que Their Helicopters Sing est un enchevêtrement de notes dissonantes soutenues par un inquiétant bourdonnement, Strung Like Lights at Thee Printemps Erable ne garde que ce fameux bourdonnement qui s’intensifie avant de laisser place à un silence lui aussi peu rassurant. Loin d’être barbants (alors que bon la musique drone c’est comment dire… relou ?!), ces deux morceaux qui viennent se caler entre les chansons de 20 minutes chacune instaurent cette ambiance quasi religieuse et nous plongent encore un peu plus dans ce disque hautement immersif.

Une fois de plus tout y est question d’ambiance, Godspeed You! Black Emperor ne fait pas des disques qu’on écoute au boulot en fond sonore mais avec un casque en ne faisant rien de préférence. L’absence de chant permet de mieux atteindre cet état contemplatif et de s’évader dans cette musique qui a sûrement le don de véhiculer en chacun de nous une imagerie différente. We Drift Like Worried Fire, sommet de l’album, est sans aucun doute la chanson qui va le mieux dans ce sens. C’est d’ailleurs le titre qui nous ramène le plus vers Yanqui U.X.O. Moins enragé, malgré certains passages pleins de fougue, on retrouve cette mélancolie presque latente provoquée le plus souvent par le violon tragique de Sophie Trudeau. Cependant, on ne retrouve pas cette impression de défaitisme, jamais les Montréalais ne baissent les bras et l’instrumentation plus combattive est là pour nous le rappeler. Martelant leurs instruments avec frénésie, le collectif nous rappelle le titre de leur album : Don’t Bend! Ascend!

Bien que l’album ne soit pas aussi fort que son prédécesseur, que les chansons étaient déjà connues pour la moitié d’entre elles, Godspeed You! Black Emperor fascine encore les foules. En ces temps pas toujours folichons, les Canadiens nous rappellent le même slogan scandé à Wall Street, à Madrid ou encore par papy Hessel : Indignez vous, battez vous, révoltez vous... Plus qu’un nouveau cri s’élevant à travers 'Allelujah! Don't Bend! Ascend!, Godspeed You! Black Emperor en signe la bande son idéale.



Label : Constellation
Sortie le : 15 octobre 2012
2 titres en écoute à droite

Pour :
Goûte mes disques
Mowno
Indiepoprock
Bubzine
Welcome To Nebalia
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Couci-couça :
Bon pour les oreilles
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Contre :
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Semaine 38 : Grizzly Bear - Shields


Il y a trois ans sortait Veckatimest,  troisième album de Grizzly Bear qui voyait le groupe sortir de l’ombre. Propulsés par quelques singles incroyables (Two Weeks, Ready Able…), ils étaient enfin sous les feux des projecteurs. Salué par la critique et ses pairs, le disque connaitra même un joli succès public qui les imposera comme une des formations majeure des années 2000. Cependant, il faudra reconnaitre malgré toutes ses qualités que le disque était parfois écrasé par des compositions presque trop grandes pour eux. Alternant entre morceaux intimistes et cathédrales pop, Veckatimest ne trouvait pas l’équilibre  qui aurait pu en faire un grand album, un album incontournable qui compte dans l’histoire de la musique. Les ingrédients étaient là mais la recette n’était pas tout à fait au point.

Ne tournons pas autour du pot, si Shields se démarque suffisamment de son grand frère pour ne pas s’amuser au jeu des comparaisons, Grizzly Bear à gommé les défauts de son prédécesseur afin de trouver l’équilibre qui permet à n’importe quel disque de perdurer dans le temps.

Dès l’ouverture, avec la chanson Sleeping Ute, le groupe originaire de Brooklyn dévoile une toute autre facette. L’introduction est rude, un morceau presque rock voire anti-mélodique qui montre bien que l’intention n’est pas de caresser l’auditeur dans le sens du poil mais au contraire de le bousculer. Au revoir les harmonies vocales et les prouesses orchestrales, les quatre garçons ont grandi et les envies ne sont plus les mêmes. Shields ne renie en aucun cas Veckatimest  mais se dirige vers une forme plus minimaliste. Que ce soit les instruments à vent ou à corde, les orchestrations se font plus discrètes, Grizzly Bear se débarrasse de ses obsessions et renoue avec une musique plus classique mais où  chaque composition garde pourtant l’empreinte du groupe.
Ce quatrième album n’est pas un bouleversement total, les chansons oscillent toujours entre le folk et la pop et le groupe signe encore une fois un disque empreint de mélancolie. Les voix d’Edward Droste et Daniel Rossen sont quand à elles toujours aussi belles mais se mêlent moins aux autres. Sûrement moins réfléchi et perfectionniste que par le passé Shields n’en parait pas pour autant plus grossier mais au contraire, bien plus subtil. Chaque chanson est parcourue de détails qui fourmillent, la clarinette basse sur The Hunt donne à la chanson une profondeur bienvenue quand aux boucles de synthés sur Sleeping Ute, elles viennent faire virevolter un peu plus dans nos têtes cette bourrasque sonore.

Au-delà de ces petits plus qui en font beaucoup, comment ne pas admirer les variations dans chaque chanson. A l’image d’A Simple Answer qui débute comme une balade enlevée avant de finir en apothéose avec cette conclusion dramatique qui prend tout d’un coup aux tripes. On prendra encore pour exemple Sleeping Ute (loin d’être la meilleure pourtant), chanson presque violente, qui finit sur une accalmie avec une guitare folk sereine pour seule compagne.

La grande force de ce disque est là, celle d’être tout et son contraire. La batterie claque, les guitares sèches et saturées sont souvent au premier plan mais sont toujours contrastées par la douceur le raffinement de certains arrangements bien plus discrets. Shields ne paye pas de mine par rapport à Veckatimest et pourtant, les richesses mélodiques semblent innombrables grâce à des compostions qui ne cessent de nous surprendre malgré les écoutes répétées. Jusque là, Shields n’a montré aucun signe de lassitude, les chansons prises individuellement ne sont jamais époustouflantes mais l’œuvre dans sa globalité nous laisse admiratif.

Au final, il est incroyablement dur de décrire en quoi ce disque est grand, pourquoi Shields est un disque qui va compter non seulement pour le groupe mais aussi dans les années à venir car tout y est question de ressenti. Au-delà des compositions impeccables, de l’ambiance  globale qui s’en dégage et de la qualité constante quelque chose d’autre est là mais qui reste insaisissable. C’est sûrement dans cette part de mystère que réside sa force, cette impression de ne pas en avoir fait le tour et qu’il y a tant de choses à découvrir.



Sortie le : 18 septembre 2012
Label : Warp
5 titres en écoute à droite.

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Semaine 37 : The XX – Coexist


L’une des grosses sensations de 2009 est et restera The XX. Sorti de nulle part, ils avaient laissé la critique pantoise face à un premier album qui tutoyait les cieux. Basé sur des sonorités minimales et des compositions simples, le quatuor originaire de Londres avait fait fondre plus d’un cœur indé. Pourtant chez Ears Of Panda il en aura fallu du temps pour apprivoiser ce premier essai. Si l’on était conquis par la grandeur des singles, le reste du disque semblait bien fade à côté. Avec le temps, cette impression d’avoir un album en montagne russe a laissé place à un amour immodéré pour leur musique à la beauté glaçante. C’est donc sans trop d’attente qu’est arrivé ce deuxième disque enfin dans mon cas, car pour les amoureux de la première heure il aura fallu attendre trois ans. Cette attente s’explique principalement par la distance prise par Jamie Smith avec ses deux compagnons (la troisième personne, la guitariste Baria Qureshi, ayant quitté le navire en plein milieu de la tournée /uncool). Pendant que Oliver Sim et Romy Madley Croft comptaient fleurette,  le petit génie plus connu sous le nom de Jamie XX a mis son talent au profit du regretté Gil Scott-Heron en remixant son dernier et ultime album. We’re New Here fut d’ailleurs applaudi par la critique et permis au jeune homme de tourner cette fois ci seul en tant que DJ.

Mais bon, c’est bien beau de tripoter des boutons devant un public ecsatsié mais au bout d’un moment faut arrêter les conneries et retourner en studio avec les copains qui l’attendaient bien sagement avec de nouvelles chansons en main. Soyons clair, l’écriture des XX n’a pas changé d’un iota. Leurs compositions épurées jusqu’à l’os se contentent de recréer la magie du premier album en écrivant des lignes de guitares ainsi que de basses simples. Ce qui pourrait être un reproche est ici tout le contraire. On salue le talent de Croft et Sim qui ont cette facilité déconcertante pour écrire des chansons à l’évidence mélodique tel qu’Angels, une composition limpide et poignante basée sur quelques accords mais d’une incroyable efficacité quand il s’agit de vous faire hérisser les poils.
Là où le bât blesse, c’est que Coexist est beaucoup moins régulier que son prédécesseur, peut être que la donne changera avec les années comme ce fut le cas pour le premier album mais on a beaucoup plus de mal à y croire face à la morosité de certains titres trop calmes, trop amorphes et surtout sans grandes mélodies. Heureusement, c’est là que Jamie Smith entre en jeu. Après son escapade solo on attendait vraiment qu’il donne aux XX une autre dimension à leur musique, qu’il la fasse décoller vers d’autres horizons, le pari est à moitié réussi. Si des influences dubstep sont présentes tout au long du disque, on aurait aimé qu’il se lâche encore plus. On apprécie le juste dosage sur des titres comme Fiction ou Sunset qui nous donneraient presque envie de danser mais on regrette la folie parfois un peu timide comme sur Swept Away, seul titre où Jamie XX semble avoir pris des libertés avec les compostions du duo sans en vouloir en faire trop. Les 5 minutes passées, un goût d’inachevé nous reste dans la bouche et laisse place à un constat qui pourrait s’avérer être vrai pour l’intégralité de l’album.

On ne sait pas si c’est par peur de paraitre daté d’ici deux ans, de tomber dans le mauvais goût mais The XX font exactement ce qu’on attendait d’eux. Coexist est un disque sage et lisse sans aucunes excentricités mais qui tient pourtant la route pour deux choses. La première, c’est l’apport de Jamie XX qui a amené avec lui son expérience de talentueux DJ/producteur et qui propose quelques innovations bienvenues comme ce Steelpan sur Reunion qui ne manque pas de charme. La deuxième chose est toute simple. Sim et Croft sont deux grands songwriters et le prouvent encore une fois à merveille, la plupart du temps, avec des compostions pleines de grâces. Mais la grâce a toujours une fin et en restant dans leur zone de confort, le trio pourrait bien finir par décevoir ou même lasser les plus acquis à leur cause. On leur souhaite donc qu’une chose, c’est de prendre des risques  bordel. Surtout qu’on les aime d’amour ces trois emos aussi touchant sur disque qu’en interview. Alors s’il vous plait, donnons nous rendez vous dans trois ans (va pour quatre) et signez un grand album à la fois surprenant et beau. Vous avez le talent et l’inspiration pour.


Label : Young Turks
Sortie le 10 septembre 2012
5 titres en écoute à droite.

Pour :

Contre :
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Couci couça :
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Semaine 23 : Liars – Wixiw


Liars! On ne tarit pas d’éloge à propos d’eux sur ce blog. Bien que l’on attende toujours l’album parfait de leur part, la discographie du groupe reste sans faux pas avec une volonté de réinventer leur son à chaque fois. Ils nous apportent ainsi, à chaque nouveau disque, un peu de fraicheur à nos oreilles, ce que l’on ne peut pas dire de tous leurs collègues musiciens. Avec WIXIW (prononcez « Wish You »), c’est une nouvelle étape qui est franchie.

Oubliez les rockeurs Liars, ceux aux guitares abrasives et dissonantes, ils ont troqué leurs six cordes au profit de nombreux synthés et machines pour obtenir un son bien plus électronique. Si l’on ne devait garder qu’un seul souvenir de leurs exploits passés, c’est cette ambiance horrifique, paranoïaque, ce sentiment de malaise qui peuplait chacun de leurs albums. Bien que les prémices de ce disque auraient pu être dénichées à l’écoute de chansons telles que Houseclouds (Liars en 2007) ou Proud Evolution (Sisterworld en 2010), il y a cette impression d’écouter un groupe qui aurait du tout recommencer à zéro.
La première influence à laquelle on pense à l’écoute de ce disque est bien sûr Radiohead qui avait su il y a 10 ans explorer des territoires inconnus avec Kid A. Le travail effectué par Liars parait presque aussi titanesque. Il n’est pas étonnant de savoir que les deux groupes ont tourné ensemble à l’été 2008 et que la bande d’Angus Andrew avait fait savoir qu’il admirait le groupe d’Oxford. Si Sisterworld dévoilait quelques pistes quand à l’affiliation évidente entre les deux formations, WIXIW assume clairement cette inspiration. Ainsi, la basse prédominante ici, nous rappelle le travail de Colin Greenwood sur King Of Limbs qui cherchait à fondre son instrument dans l’univers électro de la bande. Sur His Mine And Sensations, qui aurait pu figurer sur Amnesiac, on croirait même entendre Thom Yorke. La principale différence qui réside entre eux est que Liars n’est pas encore tombé dans le piège d’une musique qui se veut innovante pour finalement, ne provoquer que l’ennui. Plus que jamais, le groupe est à la fois vivant et excitant malgré l’absence de titres bourrins à l’exception  de l’électro/disco/punk/indus Brats.

Le plus passionnant chez eux, c’est cette recherche constante de faire sonner leurs instruments ou tout simplement de trouver de nouveaux jouets. On pense à Octagon, véritable leçon musicale où l’on se pose encore la question de savoir comment ils ont eu l’idée de composer et de faire sonner ce morceau si particulier. On a presque envie de penser que le concept est meilleur que le résultat mais WIXIW est un disque qui vous habite un peu plus à chaque écoute.

Bien sûr, on regrette l’absence de bandes sonores schizophréniques, de guitares mal accordées et d’un Angus Andrew en roue libre mais cette nouvelle facette méritait d’être explorée surtout que le groupe tient là son album le plus cohérent à défaut de titres marquant. On attend maintenant de savoir où ce disque va mener le groupe, on espère juste qu’ils ne tomberont pas dans les travers de leurs ainés qui se sont perdus en cours de route il y a de cela 10 ans au nom d’un pseudo changement perpétuel. On leur fait confiance, ce sont les meilleurs.


Label : Mute Records
Sortie le 04 juin 2012
5 titres en écoute à droite.

Pour :
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Contre :
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Couci couça :
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En bonus, le clip de No.1 Against The Rush :

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Semaine 22 : The Walkmen – Heaven


Calé au rythme d’un métronome, c’est sans surprise que l’on retrouve The Walkmen avec leur sixième album studio, soit deux ans après Lisbon. Avec Heaven, l’enjeu majeur des New Yorkais était de réussir à apporter quelque chose de nouveau dans leur musique, apporter un vent de fraicheur qui leurs permettraient peut être de se hisser de la sphère indé à laquelle ils appartiennent depuis leurs débuts. De ce côté-là on peut presque parler d’échec, ce nouveau disque n’apporte aucuns changements fondamentaux et ce n’est pas la venue de Phil Ek (Fleet Foxes, The Shins...) à la production qui aura bouleversé le son Walkmen.

Cependant, son travail n’aura pas été vain, il suffit d’écouter We Can't Be Beat qui ouvre le bal pour comprendre que son intervention aura été déterminante. Chœurs et guitares sonnent merveilleusement bien pour accompagner la voix de Hamilton Leithauser.  Son chant est toujours aussi unique, il réussit une fois de plus à trouver un équilibre entre la classe emprunté aux crooners d’antan et les éraillements des rockers élevés au bourbon. Au-delà de ça, les éparpillements sont moins de mises, The Walkmen, souvent friand dans cette volonté de créer le chaos grâce à un déluge de guitares et de cymbales, a privilégié un son plus propre et plus clair. Sans être une bonne ou une mauvaise chose, on y voit surtout une façon de se montrer sous un nouveau jour, celle d’un groupe plus paisible et plus mature.

C’est là son principal atout, il y a dans Heaven une plénitude bienvenue qui lui donne une atmosphère estivale, paisible et nostalgique. Si le groupe n’innove pas, c’est parce que l’on aime à penser que ce sixième disque vient clore une époque. Dix ans se sont écoulés depuis leur premier album et on voit dans Heaven une rétrospective de leur travail naviguant entre ballades poignantes, chansons pop entêtantes et titres rock furieux. Le groupe semble regarder derrière soit, une dernière fois, le sourire aux lèvres. Il n’est pas anodin que la chanson éponyme évoque leur passé, à l’image du clip qui retrace toute leur histoire d’un air serein et qui s’achève sur le chanteur allant de l’avant  tout en sifflotant.
Sans aucun doute, Heaven est une étape importante dans la carrière du groupe qui aura mine de rien survécu à toute la vague en The, New Yorkaise ou non. Là où beaucoup ont disparu, eux, sont toujours débout et ont réussi à augmenter leur capital sympathie auprès d’un public certes très indés mais qui grandi d’année en année. Fait assez étonnant lorsque l’on voit le peu d’évolution dont ils ont fait preuve durant toute leur carrière, se contentant de composer de bonnes chansons et de les arranger avec une classe indéniable. Popularité des plus étonnantes quand on écoute Heaven qui est une fois de plus un disque exigeant.

Les premières écoutes sont comme souvent chez eux décevantes. Cette sérénité qui traverse le disque laisse l’ennui s’inviter à de nombreuses reprises. Les ballades, qui ne constituent pourtant pas la majorité du disque, gardent toute notre attention. Il y a un rythme de croisière un peu trop pépère qui pourra en rebuter plus d’un. Pourtant, au fil des écoutes, la magie opère nous poussant sans cesse à réévaluer ce disque qui révèle des trésors de beautés insoupçonnés.

The Walkmen réussit donc à signer une discographie quasi-irréprochable sans jamais lasser l’auditeur malgré l’absence d’innovations. Si Heaven marche si bien, peut être est ce parce qu’il pourrait être un très bon épilogue à leur aventure. On souhaite cependant que les New Yorkais continuent longtemps à convoquer notre imaginaire, nous faire regarder derrière nous, le sourire aux lèvres et avancer.


Label : Fat Possum
Sortie le 29 mai 2012
5 titres en écoute à droite.

Pour :
Indie Rock Mag
Sensation Rock
Feu à volonté
Pause musicale
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Contre :
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Couci couça :
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En bonus, le clip de Heaven :

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