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#0011 : Sabu - Palo Congo


Par son style et plus simplement son nom, on aurait pu penser que Louis "Sabu" Martinez est né à Cuba mais il en est rien puisque c’est de la grosse pomme que ce percussionniste et amateur de jazz est originaire. Précoce, il jouera avec les plus grands dès ses 18 ans avec des artistes tels que DukeEllington, Count Basie ou Thelonious Monk déjà chroniqués ici mais c’est sûrement sa collaboration avec DizzyGillespie et  de nombreux musiciens Cubain que Sabu a trouvé sa voie.

Quand sort Palo Congo, notre musicien a déjà 28 ans. Cela fait 10 ans qu’il tourne de groupe en groupe et cette expérience est déballée sur ce premier album solo de Latin jazz. Ce disque s’éloigne énormément des précédentes œuvres de jazz chroniquées puisque l’accent est mis en priorité sur les rythmes latin et chaleureux joués par Sabu. Cet album brille par l’absence de cuivres qui se contente de trois éléments centraux : les percussions, les voix et la guitare qui annonce les débuts de la Bossa Nova.

Palo Congo est un disque chaleureux et entraînant. Durant 40 minutes Sabu nous emmène dans les clubs populaires de Cuba. L’ambiance est festive et on se laisse prendre au piège par la cadence endiablée des congas. Cette danse affolante de percussions et les chants en cœur pourront aussi rappeler la musique tribale Africaine dans ses moments les plus primitifs.

Le disque est pour son époque et son genre assez fou. Les percussionnistes se déchaînent sur leurs instruments donnant au disque son aspect sauvage et défoulant. Revers de la médaille, ces 40 minutes de percussions qui sont parfois sans accompagnements peuvent finir par fatiguer l’auditeur voire l’abrutir. Par exemple, on peut entendre sur la chanson Simba un mec qui s’amuse à taper sur une putain de cloche et donc nos nerfs. Au contraire quand la guitare prend une place prédominante (au nombre de 3 chansons sur 8 seulement), c’est dans ces moments là que le plaisir devient intense.

Palo Congo est donc un album hautement sympathique, dépaysant, mais qu’on se voit mal écouter à répétition. Ce n’est pas inintéressant, bien au contraire mais on aurait aimé une plus grande diversité dans les chansons qui peuvent se ressembler lorsque Sabu se contente de ne mettre que des percussions.

A contrario des musiciens de jazz qui sortaient 5 disques dans l’année, Sabu était un économe. Peut être conscient que ses albums pouvaient être saoulant à forte dose, le monsieur ne sortira que 3 disques, un par décennie. Et puis à 48 ans, en 1979, il meurt d’un ulcère de l’estomac. Pas drôle et surtout pas de bol (ça c’est de la conclusion où je ne m’y connais pas).


Label : Blue Note
El Cumbanchero et Rhapsodia del Maravilloso en écoute à droite

#0010 : Thelonious Monk - Brilliant Corners


Si Count Basie nous avait donné un aperçu, Thelonious Monk met les deux pieds dans le plat avec Brilliant Corners que l’on peut qualifier de musique jazz intellectuelle. Ce disque n’est pas, à contrario des deux premiers albums jazz chroniqué, vraiment taillé pour la scène mais a été avant tout pensé pour l’enregistrement studio.

J’ai compté, si je fais 40 chroniques par an du livre 1001 albums. J’aurai fini dans 25 ans (mais oui ce projet va arriver à terme, j’y crois à mort) mais c’était sans compter sur des disques comme Brilliant Corners qui viennent compliquer la tâche. Non, la semaine dernière il n’y a pas eu de critiques de la rubrique 1001 albums tout simplement parce que je ne me sentais pas très chaud à l’idée d’attaquer cette œuvre. J’étais incapable de savoir si j’aimais ou pas, incapable finalement de cerner la musique de Monk.

Ce qui me rassure c’est que je ne suis pas le seul puisque qu’il a fallu beaucoup de temps aux musiciens pour enregistrer ce disque, incapable de jouer les morceaux tels qu’ils avaient été pensés. Bien sûr, Thelonious Monk ne pigeait pas trop pourquoi ses camarades galéraient comme pas possible puisque les enchaînements lui paraissaient le plus naturel du monde alors que ses compositions sont tout ce qu’il y a de plus complexe.

C’est peut être là le point fort mais peut être aussi l’aspect le plus rebutant du jazz. Chaque écoute apporte quelque chose de nouveau, on comprend un peu mieux le cheminement de la composition au fil du temps avant d’oublier l’heure d’après. Brilliant Corners est insaisissable et nous file entre les doigts. Par trop de complexité, on finit par abandonner le fonctionnement de l’œuvre pour se laisser guider par la musique.

Sauf que la musique du célèbre pianiste nous laisse sur notre faim ou plutôt, on reste insensible à son style que ce soit sur le sensible et délicat Pannonica dédié à son amie de longue date Pannonica de Koenigswarter (va prononcer ça) ou sur Brilliant Corners titre quasi légendaire pour sa complexité qui n’apporte pas une quelconque excitation. Les autres albums jazz avaient l’avantage d’être dédiés au live, on ressentait cette énergie et cette effervescence qui animait le groupe. Ici, on se laisse bercer par la fausse improvisation de ce big band talentueux.

Brilliant Corners laisse un vide et nous laisse la désagréable impression de passer complètement à côté. Pourtant il faut reconnaître que ce disque n’est pas du tout désagréable, au contraire. Cette complexité permet au disque cette sensation d’avoir quelque part la chance d’être écouté éternellement pour la première fois, une particularité trop rare dans la musique.


Label : Riverside
Brilliant Corners et Pannonica en écoute à droite

#0009 : Count Basie Orchestra – The Atomic Mr. Basie (1958)


Parler de The Atomic Mr. Basie comme d’un album de Count Basie tel il est mentionné dans le livre 1001 albums est plutôt incorrect car ce serait oublier l’apport de ses musiciens, de son orchestre, qu’il dirige d’une main de maître mais récompensé en échange par un band où chaque individualité rayonne. Ce disque sorti en 1958 (et non pas en 1957 comme il est indiqué dans le livre) fait partie d’un des innombrables albums de sa discographie très impressionnante et marque à jamais le style de Count Basie Orchestra qui restera un modèle de big band.

Composés de 5 saxophonistes, 4 trompettistes 3 joueurs de trombones et de la partie rythmique (piano, contrebasse, batterie et guitare), Count Basie Orchestra est l’exemple type d’un big band de l’époque qui transposait sur disque la puissance et la folie de leurs lives, à moins que ce soit le contraire. On a déjà parlé d’un fameux big band, très reconnu lui aussi, celui de Duke Ellington qui m’avait étonnement fait comprendre que le jazz n’était pas qu’une question d’intellect mais aussi de fête, de dépassement de soi et d’actes héroïques de la part des solistes.

The Atomic Mr. Basie peut donc se ranger dans la même catégorie qu’Ellington At Newport bien que le jeu des deux orchestres soit complètement différent. Si le second jouait à un rythme infernal, le premier se veut bien plus calme et cela passe par le style de Count Basie qui repose sur l’économie des notes. Bien que le pianiste soit le chef d’orchestre, ce sont surtout les cuivres, là encore, qui se taillent la part du lion. Basé sur des fulgurances, la plupart du disque est en mid-tempo mais il est ponctué par le jeu des saxophonistes intervenant constamment. Ces intrusions permettent de créer une dynamique dans les compositions de Neal Hefti.

Et là vous vous demandez, "putain mais c’est qui Neal Hefti ?". Trompettiste de formation, il sera surtout reconnu pour avoir arrangé et composé pour de nombreux artistes jazz essentiels de cette décennie. Plus tard, il tournera le dos à sa première passion pour se consacrer à l’écriture de films ou de séries comme le thème de Batman, sa composition qui restera sa plus populaire. Sur The Atomic Mr. Basie, toutes les compositions viennent de cet homme, ce disque porte finalement son empreinte mais que le groupe a su s’approprier grâce à une interprétation exemplaire de chaque instant.
                                                                                                               
Cependant, pour un album  définit comme festif, on ne peut pas dire qu’on bondit de notre siège comme c’est le cas avec le live de Duke Ellington. Les morceaux mid-tempo ont un côté balourd comme si l’on suivait la promenade dominicale d’un éléphant et toute la bonne volonté des cuivres, qui relèvent pourtant le tout, ne suffit pas à faire de ce disque ce qu’il prétend être. Plus grave, malgré la qualité des compositions, on ne rentre jamais totalement dans The Atomic Mr. Basie, notre attention a souvent papillonné ailleurs durant les écoutes, selon les titres ou certains passages plus anecdotiques.

Cet album n’est donc pas une claque mais reste toutefois le témoignage d’un groupe épatant qui enchaine les moments de bravoure entre deux accalmies. Surtout, The Atomic Mr. Basie confirme (pour moi hein) que le jazz peut être fun et sans prise de tête un peu comme Count Basie qui a su parfaitement transposer sa personnalité sur ce disque bien plus que sympathique.


Label : Roulette
Double-O et Li'l Darlin' en écoute.

#0008 : The Crickets – The "Chirping" Crickets (1957)


The Crickets c’est avant tout l’histoire d’un homme, que dis je, d’un garçon devenu une légende le 3 février 1959 quand à 22 ans, Charles Hardin Holley alias Buddy Holly meurt dans un accident d’avion. Le rock ’n’ roll n’est qu’à ses débuts mais il connait déjà sa première tragédie, sa première étoile en pleine ascension, arrêtée nette. Durant sa courte carrière professionnelle (3 ans), Holly trouvera tout de même le temps de publier trois albums dont The "Chirping" Crickets, premier essai au long format qui marquera son époque et les générations suivantes.

Heureusement, le succès n’aura pas attendu sa mort pour frapper à sa porte. Quand The "Chirping" Crickets déboule sur les ondes, cette bande originaire du Texan et d’une moyenne d’âge de 20 ans sortira à jamais de l’anonymat avec sa formation deux guitares, basse et batterie pas si courant que ça à l’époque… Mais devenue la base de tous les groupes de rock d’aujourd’hui. Si le groupe a réussi à s’imposer facilement, c’est qu’ils ont allié les codes classiques et tendances de l’époque tout en donnant un souffle nouveau à travers ce duo de guitares.
                                            
The "Chirping" Crickets est un pur produit rock ‘n’ roll, on retrouve donc les mêmes ingrédients que chez BillHaley ou Elvis Presley qui ont permis de populariser le genre. Les guitares sont entrainantes, le rythme relevé… Bref, ça swingue et le disque a un doux parfum d’une Amérique passée et fantasmée à l’image de Happy Days ou retour vers le futur. Les chœurs omniprésents, typique de l’époque, sont quand à eux l’atout charme de l’album qui nous immerge encore un peu plus dans les années 50. Mais là où The Crickets se démarque, c’est essentiellement grâce à Buddy Holly.

Avec ses allures de premier de la classe, il lui fallait bien une voix et un jeu de guitare détonnant pour tirer son épingle du jeu. Au chant, Buddy Holly s’autorise toutes les excentricités et il n’est pas rare d’entendre des cris d’exclamations venant se placer entre deux phrases. Passant des aigus aux graves avec une aisance incroyable, pas surprenant  qu’Elvis Presley, autre grand chanteur de rock ‘n’ roll, soit un de ses plus grands admirateurs. A cela vient se rajouter ses solos, toujours brefs mais d’une remarquable efficacité quand il s’agit de dynamiter la chanson et les parties de la guitare rythmique. Inutile de préciser que l’alliance de ces deux guitares influencera directement ou indirectement tous les quatuors rock à venir.
                                                      
Tous ces éléments, font de The "Chirping" Crickets une pierre fondateur de l’histoire du rock ‘n’ roll à défaut parfois de manquer de grandes chansons. Après tant d’années, le disque a cependant perdu en force (le son est bien faible et la musique n’atteint jamais la frénésie d’un Around The Clock par exemple), mais sa brièveté (12 titres pour 25 minutes) ne laisse pas le temps de se lasser et on réécoute toujours avec beaucoup de plaisir cet album qui peut paraitre bien vain en 2013.

Après le décès de Buddy Holly, The Crickets ont continué à sortir des disques plus ou moins régulièrement avec une certaine indifférence (le dernier date de 2005). Tandis qu’à Liverpool, quatre garçons pas tout à fait dans le vent, impressionnés par le style de Charles Hardin Holley, et dont ils se sont largement inspirés, décidèrent d’appeler leur groupe en hommage à cette étoile filante. Ce sera The Beatles.


Label : Brunswick
That'll Be The Day et Last Night en écoute

#0007 : Frank Sinatra – Songs For Swingin' Lovers (1956)


1 an plus tôt, on avait laissé Frank Sinatra en pleine dépression mais auréolé d’un succès avec son magnifique album In The Wee Small Hours, un disque de rupture aux paroles poignantes et aux arrangements soignés, concoctés par Nelson Riddle. Suite à ce triomphe critique et public, s’arrêter là aurait été ballot, c’est donc en toute logique que le duo Riddle/Sinatra revient avec Songs For Swingin’ Lovers.
                                          
Dès la première écoute, on est frappé par le ton radicalement différent de l’album, il n’y a qu’à s’attarder sur la pochette beaucoup plus lumineuse pour comprendre. Fini le Sinatra pensif, le deuil de sa relation passée étant fait, c’est souriant face à ce jeune couple amoureux qu’on le retrouve. Là où In The Wee Small Hours évoquait un sentiment de détresse dans une ambiance nocturne, Songs For Swingin’ Lovers nous donne envie de gambader dans les parcs sous un grand soleil (oui c’est pas la saison) et de chanter à l’unisson avec les oiseaux. Enfin apaisé, on découvre donc un artiste sous un nouveau jour, capable de nous accompagner aussi bien dans les bons que dans les mauvais moments.

Biens sûr, il est difficile de retrouver la même intensité que sur son précédent disque mais l’orchestration incroyable de Nelson Riddle nous permet une fois de plus de tutoyer les cieux. L’album est porté sur toute la durée par les cuivres et les instruments à corde qui nous font l’effet d’une bourrasque pleine de fraicheur. Derrière cette armada c’est surtout les nuances qui font mouches. Entre deux tourbillons, une mélodie de piano légère et délicate ou une flûte rieuse viennent ponctuer les chansons donnant aux titres une saveur différente et particulière. La voix était l’élément primordial d’In The Wee Small Hours, ici, l’orchestration prend ses aises et permet aux grands musiciens qui l’accompagnent de s’exprimer plus librement le temps d’un pont où Sinatra se met alors volontairement en retrait.

Ne l’oublions pas d’ailleurs car Frank Sinatra tient toujours une place de choix et nous montre encore une fois sa grandeur avec une interprétation impeccable de ces chansons populaires des années 30 et 40. Crooner au timbre charmeur et élégant, son chant accompagne chaque composition avec un entrain, un rythme et surtout une classe indéniable.

Sans être festif (faut pas déconner), la joie de vivre qui traverse le disque se ressent à chaque instant et nous permet de respirer un grand coup après le déprimant (mais magnifique) In The Wee Small Hours. Entre jazz et pop, Frank Sinatra signe une nouvelle fois un grand disque, le deuxième à la suite et rencontrera un vif succès (encore) notamment en Angleterre où il placera pour la première fois un de ses albums en tête des charts.


Label : Capitol
Du même artiste : #0001 : Frank Sinatra – In The Wee Small Hours (1955)
You Make Me Feel So Young et You're Getting To Be A Habit With Me.

#0006 : Duke Ellington – Ellington At Newport (1956)


C’était inévitable, on ne pouvait pas y échapper, Ellington At Newport est donc le premier disque de jazz à être chroniqué ici. Je ne vais pas vous mentir, je n’y connais rien, quelques tentatives par le passé m’ont poussé à laisser tomber le genre pour me concentrer sur des choses plus futiles comme la pop et le rock. Le jazz a la réputation d’être un genre à la fois difficile à aborder et cérébral. J'aime pas le jazz, enfin c’est ce que je crois, finalement je n’en sais rien. Oui parce qu’après une écoute d’Ellington At Newport il faut vraiment être stupide pour affirmer une chose pareille.

Comme son nom l’indique cet album est tout simplement la captation live du concert de Duke Ellington à Newport en 1956 qui pour la petite histoire connait deux versions. La première sortie qui dure 44 minutes et la seconde, datant de 1999, durant plus de deux heures et qui contient l’intégralité du show (même plus, les 11 dernières pistes ne font pas partie de la performance originale). S’il a fallu attendre aussi longtemps, on le doit à un micro mal placé empêchant d’entendre correctement les instruments. Coquin comme il est, Duke Ellington invite le groupe à retourner en studio pour réenregistrer leur performance. La première version se révèle être un mélange bâtard entre les sessions studio et live pas vraiment fidèle à la réalité d’autant plus que toutes les chansons n’ont pas été incluses. La seconde est basée sur l’enregistrement original, la fameuse cassette étant retrouvée dans des archives en 1996, elle a permise d’écouter trois ans plus tard le réel concert donné à Newport (avec un son à la hauteur bien entendu).

C’est d’ailleurs l’album de 1999 que l’on conseille (vivement même), plus complète, elle permet d’entendre quelques exploits supplémentaires comme l’enjôleur Take The A Train et ses cuivres entrainant ou le célèbre Tea For Two. Seul bémol, on retrouve beaucoup de pistes superflues comme les 11 titres bonus qui n’ont pas été captés pendant le concert ainsi que les innombrables interludes présentant les artistes se joignant au groupe. Au final ce sont donc 14 chansons que l’on retient (sur 40 quand même), 1h20 où l’excitation de la foule est de plus en plus palpable. Alors bien sûr le tempo ralentit parfois et notre engouement avec attendant le prochain solo salvateur, ce débordement de cuivres qui  nous amènera notre prochaine agitation, mais dans son ensemble on ressent dans la musique de Duke Ellington une ferveur, une folie qui atteint son point culminant avec Diminuendo And Crescendo In Blue.
                                                                             
C’est en partie grâce à ce titre que l’album doit sa popularité, composé de deux parties bien distinctes (Diminuendo In Blue et Crescendo In Blue), elles sont reliées par un pont qui a varié avec les années (la chanson est écrite en 1937). On a donc connu des interludes vocales, des interludes au piano jusqu’à ce que Paul Gonsalves, saxophoniste d’Ellington, intervienne et se propose de jouer cette jonction qui deviendra légendaire. Si la chanson avait déjà été jouée en concert, elle n’avait jamais été enregistrée. A cette époque, la côte de popularité de Duke Ellington est au plus bas et cette composition, oubliée par certains, méconnue des autres, va provoquer une exaltation chez le public sans précédent. Ce solo de 7 minutes environ, qui joint les deux parties, va enflammer une foule alors aux abois, le groupe va même arrêter de jouer pour encourager un Gonsalves au sommet de sa forme. Il faut entendre le public surexcité à la fin de ce morceau qui en demande encore plus. Le groupe ralenti le tempo sur les chansons suivantes pour calmer les ardeurs, Duke les prie de se tenir plus tranquille mais la foule n’en à que faire, elle en veut toujours plus.

Alors que le concert doit toucher à sa fin, la foule refuse de se disperser, l’organisateur du festival s’attire même les foudres des personnes présentes en essayant d’y mettre un terme. Devant tant de sollicitations, Duke Ellington allongera encore son concert avec Skin Deep. Sur cette chanson, le batteur Sam Woodyard s’y donne à cœur joie en proposant un solo galvanisant là encore les festivaliers et ne les aidant certainement pas à se calmer. Tout ça aurait pu durer encore des heures tant la scène et son public sont en osmoses mais il faut croire que Duke Ellington a le don pour mettre le public dans sa poche. C’est sur le magnifique Mood Indigo (titre low-tempo afin de ne pas trop exciter les bêtes hein!), repris par Frank Sinatra sur son album In The Wee Small Hours Of The Morning (dont l’album a été chroniqué en avril 2011 ici…), que le concert s’achève. Après avoir remercié une foule acquise à sa cause, Ellington s’éloigne sans le savoir en venant de réaliser une performance devenue mythique. Suite à ce concert, l’artiste renouera avec le succès (comme Louis Prima avec l’album chroniqué en septembre 2011 ici…) et touchera même une nouvelle audience grâce à ce live qui aura un impact impressionnant au point de faire la une du très prestigieux Times.

Je ne sais pas si j’aime ou non le jazz, je ne sais même pas si j’aime la musique de Duke Ellington, mais ce concert est un moment de bravoure de quasi chaque instant, il suffit d’écouter les deux extraits pour apprécier la prouesse de ce groupe alors possédé et transcendé par l’assistance présente en ce 7 juillet 1956, jour historique pour Duke Ellington et pour les amateurs (les vrais) de jazz.


Faut-il écouter ce disque au moins une fois dans sa vie? Oui, que t’aimes le jazz ou non.
(Un point de moins pour Gryffondor Ellington At Newport à cause des interludes et des bonus trop nombreux)
Label : Columbia

Diminuendo In Blue And Crescendo In Blue

Skin Deep


#0005 : Fats Domino – This Is Fats Domino! (1956)

Première grosse coquille du livre! En numéro 5, on retrouve This Is Fats sortit en 1956 seulement voilà, si la pochette correspond bien au nom de l’album son année de parution date d’un an après. Quand à la tracklist présentée, elle fait référence à This Is Fats Domino! qui lui, est bien sortit en 1956. On chroniquera donc la deuxième option même si un petit doute subsiste dans la véracité des propos énoncé ici (en même temps on n’est pas à une connerie près hein!). Une chose est sûre on parle du même disque. Vous n'avez rien compris?... Tant pis.



Benjamin d’une famille Créole de huit enfants, Antoine Dominique Domino grandit dans une famille pauvre certes, mais surtout aimante et passionnée de musique. Bercé par le blues et le jazz, il commence à jouer du piano sur un truc sans âge. Autodidacte, il reproduit ce qu’il entend à la radio et fait preuve de beaucoup de persévérance à défaut d’en faire autant à l’école. Dès l’âge de 14 ans, Antoine fait le tour des boites de la Nouvelle Orléans avec ses musiciens rencontrés sur la route. A 20 ans, alors qu’il se produisait dans le club «Robin Hood», on le présente comme Fats Domino en raison de sa corpulence et en hommage au pianiste Fats Waller (dont Michel Gondry tournera un film autour de ce personnage dans Be Kind, Rewind). A partir de là, ce surnom ne le quittera plus.

L’année 1949 signe le début de sa carrière professionnelle en signant sur le label Imperial Records, le succès est au rendez vous et ses chansons trustent le haut des charts, il en sera ainsi pendant dix ans. This Is Fats Domino! débarque alors qu’il amasse les dollars, il est constitué principalement de faces B de singles excepté quelques titres sortis sur la première face dont deux de ses plus grands succès, Blue Monday (rien à voir avec New Order!) et surtout Blueberry Hill. Bien que considéré dans la même vague que les rockeurs Little Richard ou Jerry Lee Lewis, la musique de Fats Domino est bien plus marqué par le Rythm’n’Blues et moins agité que celle de ses confrères. Pas de cris, ni d’acharnement sur les touches de son piano, l’artiste se fait étonnement sage.

Dès Blueberry Hill, la machine a du mal à partir avant de continuer sur un rythme de croisière, qu’importe la musique est bonne seulement il ne faut pas s’attendre à des chansons furieuses comme pouvaient l’être Johnny B. Goode ou Rock Around The Clock. C’est un autre genre de Rock’n’roll que nous propose Fats Domino, un rock que nous n’avons pas l’habitude d’entendre ici et qui pourra demander un certain temps d’adaptation pour certains. Cependant, la musique fait preuve d’élégance et n’est pas chiante pour autant. Bien que pianiste de son état, le clavier est loin d’être l’instrument le plus mis en avant mais plutôt les cuivres qui savent se faire aussi agressifs qu'élégants tandis que les percussions  se font étonnement discrètes.

Il est dommage que ce disque soit d’une telle sagesse, cependant, la qualité des compositions rattrape le tout bien que l’on regrette la répétitivité des rythmiques.  Fats Domino avait une recette qui marchait, un son bien à lui et a tenu cette ligne artistique jusqu’au bout. L’autre avantage est qu’avec 12 compositions en à peine une demi-heure, le temps passe très vite évitant ainsi la lassitude qu’on pourrait ressentir si le disque avait duré le double.

This Is Fats Domino! est charmant. Pas de grands frissons, ni de moments réellement exaltant, on ressent juste de la sympathie pour un album qui ne fera sûrement pas date chez le Panda Panda mais qui se réécoutera sans déplaisir. Ce disque est surtout le témoignage d’un personnage historique de la culture rock. Il aura vendu plus de 65 millions d’albums en 10 ans avec pas moins de trente neuf singles consécutifs figurant au hit parade entre 1954 et 1962, seul le King fera mieux. Aujourd’hui Fats Domino est redevenu Antoine et vit d’une retraite bien méritée à la Nouvelle Orléans.


Faut-il écouter ce disque au moins une fois dans sa vie? Pour sa culture musicale.
Label : Imperial

Blueberry Hill
Honey Chile


#0004 : Louis Prima – The Wildest! (1957)



Lorsque The Wildest! sort en 1957, Louis Prima a déjà roulé sa bosse. D’un groupe de jazz au combo swing, il changea autant de registres que de villes. Au début des années 50, le succès de son Big Band commence à décliner et décide alors de tenter sa chance à Las Vegas où il trouve le club Sahara qui consent à le produire. Entouré de nouveaux musiciens et accompagné de sa femme de l’époque Keely Smith, il connaitra un regain de popularité grâce à des shows pleins d’énergie et d’humour. Leurs prestations amènera même Walt Disney à confier le rôle de King Louie dans le Livre de la jungle à Louis Prima, le personnage étant directement inspiré de lui par cette même façon de se mouvoir sur scène. Avec sa femme ils ont contribué à faire monter la popularité du Sahara qui a fermé ces portes cette année. The Wildest! est enregistré à ce moment, Louis Prima voulait capter l’essence de leurs performances live sur un disque et c’est ainsi que parait cette petite pépite…

Il faut comprendre que cet album est bien plus qu’un disque de cabaret. The Wildest! résume une grande partie de la carrière de Louis Prima, du jazz au swing en passant même par la pop il représente le meilleur de ce qu’il a pu faire jusqu’ici. Cependant, au-delà du mélange des genres, le disque est à l’image de cette pochette, sa musique est pleine de vie, les onomatopées chantées par Prima nous revigore. C’est un album plein de vie, de joie où l’on s’attend à tout moment à un éclat de rire de sa part. On est forcément un peu déçu quand Keely Smith est au chant n’ayant pas le même talent et la même énergie, mais Louis Prima n’est jamais bien loin quand il s’agit de remettre un peu d’entrain sur les refrains ou de la bonne humeur comme sur le très sage (Nothing’s Too Good) For My Baby électrisé par les vocalises du "King Of The Swing".

En plus d’être un formidable chanteur, Louis Prima était aussi un grand trompettiste. Quand les voix se font muettes, c’est son instrument fétiche qui parle et qui participe aux plus grands moments du disque. The Wildest!, le plus fou, le plus sauvage, voilà une définition qui sied très bien à cet album. Dans les rares moments d’accalmie comme sur Body And Soul, la trompette pleine de grâce au début vire peu à peu dans un solo endiablé et fiévreux. Il y a quelque chose de très improvisé dans leur musique et de très instinctif, on ressent cette intention qui était de capter toute l’énergie de leurs concerts à Vegas.

C’est aussi l’occasion pour Louis Prima de délivrer une chanson écrite par ses soins car il faut le savoir comme beaucoup de disques de l’époque, qu’il n’est constitué que de standards du jazz à l’exception de Jump, Jive, an’ Wail donc. Une chanson qui brasse les genres (Jazz, Rock, Swing) pour 3 minutes 30 délirantes où les cuivres s’enflamment autant qu’un Prima euphorique. Le reste n’a pas à rougir, on pense notamment à cette formidable version de Night Train popularisé grâce au film retour vers le futur 1 & 2 joué lors de "la féerie dansante des sirènes" où le groupe dynamite la composition et où la trompette (encore elle) fait preuve de fulgurances.

Une douce folie traverse ce disque, une folie heureuse, c’est un réel plaisir communicatif qui nous emporte. Si on devait lui reprocher une chose, c’est sa durée. Une petite demi-heure seulement … Mais quelle demi-heure! Louis Prima est mort à l’âge de 67 ans le 24 août 1978 laissant derrière lui une collection de chansons remarquable. On gardera en tête cet album, cette pochette, figeant son rire éclatant et laissant ainsi l’image d’un homme radieux et hilare. Sur sa tombe était inscrit ces quelques mots issus de son plus grand succès : "When the end comes, I know, they'll all say 'just a gigolo' as life goes on without me". Bien plus que ça, Louis Prima aura définitivement gravé son empreinte dans la musique actuelle.


Faut-il écouter ce disque au moins une fois dans sa vie? Incontournable.
Label : Capitol

Just A Gigolo/I Ain't Got Nobody
Buona Sera

#0003 : The Louvin Brothers – Tragic Songs Of Life (1956)



Alors que Fleet Foxes se voit consacré album de la semaine en cette année 2011, revenons 55 ans en arrière avec The Louvin Brothers. Contrairement à Elvis et Franky, ces deux frangins sont beaucoup moins célèbres dans notre contrée et pour cause, ils font de la country! Ce genre de musique c’est un peu comme la musette chez nous en plus classe mais qui reste un héritage culturel bien particulier dépassant rarement les frontières. Je ne vous cacherai pas que la country reste un genre qui me laisse froid, de la musique de péquenaud bon à écouter pour passer le temps quand on garde les vaches…

Pourtant, Tragic Songs Of Life n’est pas un véritable calvaire et cela grâce au genre un peu particulier de cette country qui officie dans la case "close harmony". Je ne vais pas me taper un paragraphe pour expliquer de quoi il s’agit (pour ça il y a wikipedia) mais disons que Simon & Garfunkel en sont les principaux ambassadeurs. Ainsi, Tragic Songs Of Life vaut principalement pour ses harmonies vocales entre les deux frères Louvin. D’un côté il y a le sage Charles à la voix plutôt basse, et de l’autre, Ira le grand frère alcoolique et violent dont la voix monte bien plus haut dans les aigus.

The Louvin Brothers évolue donc cette grande Amérique, poussiéreuse, pas celle des villes, mais des campagnes à une époque indécise. On pense aux Soggy Bottom Boys (Les culs trempés en français) le célèbre groupe imaginaire des Coen dans O’Brother, mais là où ces derniers s’inscrivaient dans un registre léger, le duo d’Alabama évoque les ruptures et les meurtres (appelé les murder ballad, un thème de prédilection chez les américains) à travers des chansons traditionnelles et des reprises plus modernes.

Bien sûr, rentrer dans leur musique est chose délicate puisque cela reste un disque assez vieux jeu hormis les parties vocales très réussies. Tragic Songs Of Life est un disque "sympathique" mais que l’on n’écoutera pas en boucle au risque de frôler l’indigestion. Malgré cela, si vous avez le courage d’écouter au moins le titre In The Pines et que vous avez l’oreille assez fine (comme moi quoi) vous reconnaitrez peut être une version bien plus populaire appelée Where Did You Sleep Last Night? jouée par Nirvana lors de leur célèbre MTV Unplugged.



Faut-il écouter ce disque au moins une fois dans sa vie? Si tu aimes les Baked Beans et le Dinky Dan, pour sûr!
Label : Capitol



In The Pines :


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Katie Dear :


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#0002 : Elvis Presley – Elvis Presley (1956)



Celui qui en août 1953, rentra dans les bureaux de Sun Records pour enregistrer quelques chansons et les offrir à sa maman ne devait certainement pas se douter de l’avenir qui lui était réservé, et pourtant… C’est de là que tout est parti, très vite, il tape dans l’œil du patron Sam Phillips qui lui permettra d’enregistrer ses premiers singles et de partir en tournée. C’est lors de ses premiers concerts que le phénomène prend de l’ampleur, les cheveux teint en brun, le jeune garçon qui chantait jusque là quelques airs de country devint la première star du Rock’n’roll par son phrasé, son jeu de guitare et son mouvement de bassin qui excitait autant les adolescentes que choquait les parents. RCA, le plus important label s’intéresse alors à cette mine d’or et lui propose de rejoindre leur écurie avec à la clé la somme astronomique de 40 000 dollars. A 20 ans, ce jeune homme qui n’a même pas l’âge légal pour signer son contrat (ce sera son père qui apposera sa signature) devient alors le King.

Un an plus tard, et après le succès du single Heartbreak Hotel, on aurait pu craindre le pire, les ventes de singles se révèlent être assez décevantes. Blue Suede Shoes n’atteint que la vingtième place et Carl Perkins qui est l’auteur et l’interprète de la chanson originale fait même mieux que lui alors que aujourd’hui, cette version tend à être oubliée au profit de la reprise de Presley. Pourtant, son premier album éponyme sera au final un succès retentissant. Premier disque à dépasser le cap du million d’exemplaires vendu, il restera 10 semaines à la première place des charts. Au-delà du son particulièrement nouveau que proposait Elvis Presley, il y a surtout un nombre incalculable de tubes. D’entrée de jeu, le blanc-bec impressionne avec Blue Suede Shoes. Tout pourrait se résumer à ce titre, du vibrato exagéré de Presley au solo de guitare, la chanson d’ouverture signe en 2 minutes seulement une chanson aussi excitante qu’euphorisante. Aujourd’hui encore, la chanson garde une puissance féroce grâce à l’énergie déployée par un Elvis Presley déchaîné.

A l’image de la pochette culte (reprise 23 ans plus tard par les Clash) la guitare est au centre du disque. Contrairement à beaucoup de standards R’N’B et rock de l’époque où le piano faisait figure d’instrument principal, Presley renverse la vapeur avec ses reprises sur-vitaminés de classiques tels que I Got A Woman ou Tutti Frutti. Ce disque est aussi l’occasion de retrouver un Elvis assagi et plus classique en particulier sur les titres issus des fameuses Sun Sessions de 1954 dont le meilleur est gardé ici. En plus de nous faire bouger furieusement le bassin, le King nous fait rêver que ce soit avec des ballades à l’esprit Hawaïen (Blue Moon) ou en jouant le crooner romantique des campagnes (I Love You Because). Bien que 5 titres datent du label Sun et sont facilement identifiables elles parviennent à s’imbriquer parfaitement avec les autres compositions bien plus riches en terme d’instrumentation.

Si il est avant tout un artiste à single plutôt qu’à album, Elvis Presley réalise en à peine une demi-heure une première œuvre majeure du rock. Grâce à l’interprétation faite sur chaque titre, le King surpasse la plupart du temps l’originale. Ce disque, c’est aussi une voix, à la fois envoûtante et enivrante, elle reste avec le temps toujours aussi unique. Ce 23 mars 1956, jour de parution de l’album, le rock venait définitivement se faire une place dans le monde de la musique.



Faut-il écouter ce disque au moins une fois dans sa vie? Quelle question...

Blue Suede Shoes :


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Tutti Frutti :


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#0001 : Frank Sinatra – In The Wee Small Hours (1955)



Nous sommes en 1953 et Francis Albert Sinatra n’est plus ce chanteur séduisant à succès. Lâché par sa maison de disque un an auparavant et par sa femme de l’époque Ava Gardner, le plus célèbre des crooners est au fond du gouffre. On aurait pu ne plus entendre parler de lui si la chance ne lui avait pas souri par la suite. Cette chance, il la doit à… la mafia. C’est en tout cas les rumeurs qui courent encore aujourd’hui à propos de l’obtention de son rôle dans le film From Here To Eternity de Fred Zinnemann. Poussé par la Cosa Nostra, le studio aurait confié à Sinatra le personnage d’Angelo Maggio qui lui permettra de gagner l’oscar du meilleur second rôle et de relancer sa carrière aussi bien cinématographique que musicale.

Fraichement signé sur le label Capitol, Frank Sinatra enregistre alors en 1955 In The Wee Small Hours qui sera distribué la même année. La première chose marquante à propos de ce disque est le soin apporté à la pochette. Là où ses précédents disques n’étaient que des montages assez grossiers et sans intérêts, cet album représente un Sinatra pensif au coin d’une rue sombre, déserte et bleutée. Cette pochette particulièrement réussie illustre bien le thème de ce disque où l’on découvre un Sinatra solitaire et mélancolique. Tout comme son premier disque solo The Voice qui lançait ce genre, In The Wee Small Hours est une sorte de concept album tournant autour de sa séparation avec sa femme Ava Gardner.

Ainsi, pendant les 16 titres habillant ce disque, on entend un Sinatra dévasté par cette rupture. Entre déprime et nostalgie il nous conte sa tristesse. D’une humeur indigo comme il le chante si bien, on découvre une star profondément humaine. Ce qui rend les paroles poignantes, c’est qu’au-delà d’un disque de rupture entre Ava Gardner et Frank Sinatra, c’est avant tout et simplement, un disque sur la rupture. Qui n’a jamais connu ces sentiments qu’il dépeint si bien, ce manque intense de la personne chérie, celle qui peuple votre pensée alors qu’elle est partie… "You're always on my mind, tho' out of sight" chante t-il sur This Love Of Mine. Célèbre ou non, les sentiments et les relations sont les mêmes, on ne peut que sourire devant les paroles de Can’t We Be Friends? dont le titre suffit à comprendre de quoi il s’agit.

Si In The Wee Small Hours est toujours considéré après toutes ces années comme l’une des œuvres majeures du siècle dernier, c’est aussi grâce à l’orchestration géniale de Nelson Riddle. Peuplé de cordes et de bois, l’orchestre qui doit être assez conséquent est pourtant tout en retenue. Les instruments accompagnent constamment la voix douce et l’interprétation parfaite de Frank Sinatra d’une sobriété élégante. Finalement, l’orchestre n’explose qu’à de rares occasions, seulement lorsque le chanteur pousse sa voix comme on la connait si bien sur des titres tels que New York, New York. Arrangements passés et intemporels à la fois, ce genre de réalisation n’existe plus vraiment aujourd’hui, et c’est bien dommage quand on voit le travail d’orfèvre de Nelson Riddle.

Si le disque est peut être un peu long et que les mauvaises langues diront qu’on a affaire à de la musique du troisième âge, c’est faire fi des paroles bouleversantes et du travail exceptionnel dont Sinatra et Riddle ont fait preuve. In The Wee Small Hours est et restera l’un des disques les plus tristes et un des plus réussis sur le thème de la rupture amoureuse.



Faut-il écouter ce disque au moins une fois dans sa vie? Oui, mais attention, en cas de rupture récente, ce disque peut être aussi nocif qu’addictif.

In The Wee Small Hours Of The Morning :


I'll Be Around :

les 1001 albums qu'il faut avoir écoutés dans sa vie




Il y a 5 ans je me suis acheté ce livre… Dirigé par Robert Dimery et coécrit avec de nombreux collaborateurs, ces passionnés de musique ont constitué une liste de 1001 albums à écouter avant de mourir. 1001 albums c’est beaucoup, mais pas tant que ça lorsque je compte le nombre de disques écouté chaque année. Pourtant, depuis que j’ai acquis ce livre, il a pris avec le temps la poussière, ne prenant pas le temps de me jeter dans ce livre où l’on y trouve à boire et à manger.

En feuilletant le livre, on se pose certaines questions quand à la présence de certains disques, mais le plus marquants reste cette domination de la musique Anglo-saxonne. Pour vous donner une idée, 90% des disques doivent être anglais ou américain ce qui est regrettable au vu de la qualité ne serait ce que de la musique francophone.

Pourtant, bien que ce livre ne soit pas du tout la référence absolue, bien que de nombreux ouvrages équivalents doivent être bien plus intéressants et abordables, une nouvelle idée m’est venu. Cette idée je la dois à un blog cinéphile qui s’est lancé dans un projet équivalent (hélas, je n’ai pas retrouvé son nom, si toi lecteur tu sais, n’hésites pas à me le dire et tu auras le droit à une boite de Pépito).

Non, je ne vais pas faire ma liste des 1 001 albums que tu dois écouter avant de te coucher pour avoir l’air moins con, car j’en ai ni le courage, ni la prétention et surtout, je n’ai pas la culture nécessaire. On se contentera seulement de chroniquer les 1001 albums qu’il faut avoir écoutés dans sa vie selon Robert Dimery

Alors oui! Ca sent le projet foireux avorté avant la fin de l’année, oui! Il me faudra sûrement une vingtaine d’année pour arriver à bout du projet mais on s’en fout! Toutes les semaines un disque sera chroniquer et comme le livre on le fera de façon chronologique. De 1955 à 2005, de Frank Sinatra aux White Stripes, voici 50 ans de musique et ça commence dès aujourd’hui!