Semaine 06 : Yeasayer - Odd Blood [Secretly Canadian]

On en a entendu des horreurs et des méchancetés sur le très attendu second album des Yeasayer, après écoute, rassuré je suis. A l'antipode du précèdent, Odd Blood n'en reste pas moins un incroyable disque de pop solaire.



A la fin de l’année 2009, Yeasayer prenait tout le monde à revers avec Ambling Alp. A mille lieux de l’univers qui leur a permis de se faire un nom dans la jungle New Yorkaise, ce groupe originaire de Brooklyn prenait un virage à 180 degrés en se lançant corps et âme dans une musique électro-pop. Ce virement de situation parfaitement réussit sonnait le glas de la world music et du folk chamaniste qui constituait la moelle de All Hour Cymbals.

Odd Blood marque le renouveau d’un groupe qui semble ne pas vouloir appliquer de vieilles recettes au risque de dérouter plus d’un auditeur qui avait été charmé par leur début. On retrouve tout de même quelques vestiges de leur précédente vie notamment grâce à la voix de Chris Keating capable de toutes les excentricités possibles qui se montre aussi bien à l’aise dans un chant languissant que dans des vocalises dignes d’une diva capable de monter très haut dans les aigus. Moins percutants car le plus souvent électronique, le goût pour les rythmiques tribales enivrantes qui faisaient les beaux jours de leur premier album sont toujours là.

Inutile de chercher d’autres ressemblances, Yeasayer délaisse les instruments à cordes pour les synthétiseurs en vue de se lancer dans des hymnes pop. Dès l’ouverture avec The Children, le décalage est bien réel, le chanteur abuse d’un vocoder accompagnés par quelques sonorités électroniques laissant perplexe. Odd Blood est peuplé d’innombrables effets pas forcément nécessaire, mais à l’image de cette pochette affreuse, en retirant toutes ces esbroufes qui peuvent sembler polluer l’album de bout en bout, on se retrouve alors avec 10 perles pop aux mélodies évidentes et exemplaires.

Alors que All Hour Cymbals perdait de son souffle vers la fin, ce nouvel opus tient le cap tout du long. On pourra reprocher la trop grande similarité des excités Rome et Mondegreen ou le chant de Keating à toujours vouloir en faire plus, mais ce n’est rien à côté des fulgurances dont ils font preuve sur chacun de ces titres, de l’immense Madder Red aux chœurs et aux refrains aériens, jusqu’au brassage des genres dont fait preuve le remarquable Love Me Girl où l’on retrouve aussi bien des traces de disco que de R&B ou de funk.

Yeasayer a choisit de ne pas se retourner sur leurs efforts passés pour éviter toute forme de répétition, et bien qu’ils gardent un style bien à eux, ils ont décidé d’emprunter des chemins non balisés mais pas moins rayonnant qui devrait faire les beaux jours de ce groupe décidément peu commun.



sortie le : 09 février 2010
5 titres en écoute à droite
Ambling Alp est en écoute ici
Retrouvez cette chronique sur Indiepoprock.

Pas mal de critiques,
C'est entendu déteste mais accepte qu'on aime.
DODB est assez mitigé mais reconnait qu'il y a du talent.
Culturopoing en conclut qu'Odd Blood est "comme une très jolie fille qui aurait mis beaucoup trop de maquillage et en ressortirait, contre toute attente, nimbée d’une étrange beauté".
Muzicx trouve ça cool.
Playlist Society aussi.
So Why One More Music Blog..? aussi.
La quenelle culturelle adore.

7 commentaires:

Benjamin F a dit…

Je suis ravi de te voir nous soutenir dans la défense de ce brillant album injustement dénoncé par certains qui aiment taper à tout va ;)

Erwan a dit…

Le premier j'aimais le style mais ça manquait de cohérence, des chansons plus faibles que d'autres. Là ça semble plus costaud mais ça vire électro-pupute-comme-j'aime-pas-trop...
Quelques bons titres tout de même.
(6/10)

Panda Panda a dit…

@BF : Quand j'ai fais le tour des chroniques, finalement il y en a quand même pas mal qui sont positives, mais bon y a un paquet de déçu tout de même c'est vrai!

@Erwan : Ha bah là je suis surpris je pensais que ça allait être un album que tu adorerai détester et puis en fait non! Bonne nouvelle donc :)

Vincent a dit…

Tout pareil qu'Erwan ...

Erwan a dit…

Evènement: Vincent et moi sommes d'accord ;-)
Même constat chez Marc: http://mescritiques.be/spip.php?article958

Vincent a dit…

Oui, effectivement, c'est un événement ! Reste qu'on est aussi d'accord sur le Owen Pallett et le Beach House, je crois. L'année 2010 serait-elle donc l'année du consensus ou tout simplement une année truffée de grands disques faisant irrémédiablement l'unanimité ?

Francky 01 a dit…

Hello.
C'est clair que Yeasayer, après un "All Hour Cymbals" en 2007 majestueux et novateur, prend une nouvelle direction.
Cela peut dérouter (moi le premier) mais je pense qu'il faut du temps et des écoutes pour l'apprécier. Cela me rappel quand Radiohead a sorti "Kid A", déboussolant de nombreux fans. Mais au final, "Kid A" est un le plus grand disque des années 2000, voir pour ma part un de mes 10 disques (toutes périodes et styles confondus) préféré !!!!

A + et excellent blog (j'y suis venu via tes com' chez Mister Twist)