Top albums 2013 : 10ème - 1er

Il est enfin là le top 10! La crème de la crème de 2013. 10 disques qu’on aura écouté à l’usure cette année, des disques qui pour certains sont de grosses prises de risques et pour d’autres la confirmation de leur talent. On félicite aussi les labels 4AD et Matador, 2 grands labels qui placent chacun 2 disques dans le top 10. Il ne faudrait pas oublier les 2 petits nouveaux qu’on avait plus ou moins vu venir mais qui surprennent par leur maturité, l’originalité et la qualité de leur travail. Mais surtout, on ne remerciera jamais assez le premier de ce top qui aura créé la surprise avec un disque important qui se place d’ores et déjà comme un sommet de la décennie en cours. Ce disque à été un choc à la première écoute et ne cesse de grandir depuis. Pour le coup on n’a pas pu s’empêcher de mettre l’album en écoute dans son intégralité en espérant que vous aussi, vous serez autant sinon plus bouleversé que moi par ce disque. On se revoit bientôt sur Ears Of Panda pour de nouvelles découvertes, une page se tourne, l’année 2014 est déjà bien entamée et de grands disques sont à venir. Bonne écoute et bonne lecture, bisous.

Top albums 2013 : 10ème - 1er


10. The Knife - Shaking The Habitual


Tout est dans le titre, le duo Suédois a décidé de secouer les habitudes. Full of Fire, le premier single, avait annoncé la couleur avec ses beats hallucinés et violents, un défouloir gigantesque, un trip électronique de 9 minutes d’une rare violence mais toujours extatique. Avec Shaking The Habitual, The Knife n’est plus un groupe pop mais expérimental se permettant tous les extrêmes comme le titre ambient Old Dreams Waiting to Be Realized de 19 minutes. Toutefois on retrouve quelques morceaux plus familiers permettant, s’il était possible de douter, de montrer que le groupe n’avait rien perdu de son talent mélodique comme le léger A Tooth for an Eye. Mais c’est bien dans leur aspect le plus électronique que The Knife éblouit en montrant une envie d’en découdre et de faire danser les foules. On regrette parfois la présence de compositions plus consensuelles, on aurait aimé que Shaking The Habitual soit plus radical et plus punk n’hésitant pas à bousculer encore plus ses auditeurs. Cependant, la mission est plutôt bien remplie puisque l’on sort de ces 96 minutes (Hé oui quand même) lessivé et éprouvé démontrant ainsi que l’on a affaire à un disque pas comme les autres.
                                                        
Label : Rabid


09. The National - Trouble Will Find Me


Aujourd’hui, The National est certainement un des groupes indés les plus importants de la scène rock mais aussi un des plus classiques. Avec ce sixième album, les Américains continuent leur petit bonhomme de chemin, la recette ne change pas et donne presque l’impression de faire du surplace. Ignorant les effets de modes, la bande continue ce qu’elle sait faire de mieux au risque de lasser son public. On a d’ailleurs relevé dans les critiques ici et là une certaine forme de lassitude et pourtant on trouve au contraire que Trouble Will Find Me est tout simplement leur meilleur album. Certes il ne possède pas de singles comme Fake Empire qui vous en foutent plein la gueule d’entrée de jeu mais le groupe s’est contenté d’écrire un disque cohérent qui s’écoute du début à la fin sans que l’on repère une quelconque faille. Bien que le groupe se soit assagi dans son ensemble, il nous touche en plein cœur. Pas mal pour des quarantenaires,

Label : 4AD


08. The Haxan Cloak - Excavation
                                                                                        
                                                                      
L’ascension du label Tri Angle ne semble pas connaitre de limite en témoigne cette année Forest Swords et surtout The Haxan Cloak dont Excavation pourrait devenir l’étendard, le sommet de la discographie du label. Sa musique qui laissera très certainement sur le carreau plus d’un a le mérite de proposer quelque chose de rarement entendu. Certes Bobby Krlic privilégie l’ambiance aux mélodies, mais quelle ambiance! La pochette donne le ton, Excavation est un voyage au cœur des ténèbres, sombre et horrifique. D’emblée Consumed nous met mal à l’aise avec ces basses qui n’ont pour seule volonté que de vous comprimer, de vous renfermer sur vous même. La musique peut parfois être une expérience déroutante ou dérangeante, une expérience différente qui finira par vous procurer du plaisir justement car elle propose quelque chose qui se dégage de toutes les autres sorties. L’horreur a trouvé sa bande son idéale elle s’appelle Excavation.
                                                                                                                                                                        
Label : Tri Angle
                                                       

07. Vampire Weekend - Modern Vampires Of The City


Commencé en 2011, Modern Vampires Of The City se sera terminé non sans mal. En manque d’inspiration, le groupe aura pris le temps pour sortir ce qui reste leur meilleur album aujourd’hui. Délaissant un peu plus les inspirations africaines, Vampire Weekend s’affirme avant tout comme un grand groupe pop. Sur ce troisième album, le groupe a laissé une grande place au piano donnant au disque un ton plus mélancolique et sombre que les deux premiers disques qui sonnaient comme un groupe plein de fraîcheur. Ce passage à la maturité est en tout cas parfaitement maîtrisé et ils réussissent à plusieurs reprises à nous serrer le cœur. Bien que des chansons puissent paraitre anodines, les New Yorkais ont le don de dénicher une ligne mélodique forte comme on peut l’entendre à la fin d’Obvious Bicycle ou le bouleversant Hannah Hunt quand ce n’est pas toute la chanson. Blindés de tubes et d’idées novatrices     Vampire Weekend nous fait oublier la déception Contra et nous invite à nous tourner vers l’avenir qui les accueille avec un grand sourire.

Label : XL Recording


06. Arcade Fire - Reflektor


Après un album un peu décevant (The Suburbs moitié génial, moitié boring), Arcade Fire revient en grande forme avec l’épique Reflektor un double album de plus d’une heure où l’on retrouve le bien aimé James Murphy aux manettes (LCD Sounsystem). Avec leur premier single, les Canadiens ont dévoilé des ambitions nouvelles. Sans renier leur passé, le groupe, habitué à la musique de stade, envahit les discothèques en révélant un groove trop peu exploité jusqu’ici. Alternant entre chansons rock très rentre dedans (Normal Person, Flashbulb Eyes, Joan of Arc) et chansons plus disco on retrouve dans ce disque best-of mais cohérent quelques traces du passé gangrénées par une folie bienvenue (You Already Know et Awful Sound (Oh Eurydice)). Disque fourre tout mais jouissif, Arcade Fire prouvent qu’ils n’ont pas fini de faire parler d’eux.
                                                                                                                                                     
Label : Merge


05. Deerhunter - Monomania


Monomania est perturbant, alors que leurs compositions gagnaient avec le temps en complexité, Deerhunter les a rongé ici jusqu’à l’os. La démarche se veut plus instinctive, plus directe, plus animale. Les premières écoutes sont déconcertantes, les guitares sont rêches et brouillonnes mais émergent de cette cacophonie ambiante. La transformation la plus troublante reste le chant de Cox. Il ne chante plus, il crie à gorge déployée, il est en colère et cette rage se ressent sur la quasi-totalité du disque. On enrage avec Monomania, énième album réussi de la part de Deerhunter mais qui ne décrochera pas la première place du top et restera une nouvelle fois au pied du podium, la faute aux quelques imperfections qui peuplent le disque. Mais pas d’inquiétudes car Deerhunter a toujours été bancal et imparfait, une sorte de monstre dans lequel on aperçoit une grande beauté. Si l’étrangeté ne finit pas ici par révéler la beauté du disque elle vient appuyer le discours et les intentions de Bradford Cox qui était de signer un disque malade et corrosif.  Elément central du disque, il se démarque des autres artistes, il ne fait pas de la musique pour vivre mais vit pour sa musique et pousse ce mode à l’extrême. Tant qu’il gardera sa flamme intacte, c’est dans son malheur, dans cette passion dévorante qu’il a pour la musique, cette monomanie qu’il nous fera rêver et nous fera continuer à aimer passionnément la musique.

Label : 4AD


04. Kurt Vile - Wakin On A Pretty Daze


Doucement mais sûrement, Kurt Vile se pose comme le futur grand rockeur de la scène Américaine. Déjà premier de notre top album 2011 avec Smoke Ring for my halo, ce Jésus de la guitare enfonce le clou avec Wakin On A Pretty Daze. Si on perd en ambiance vaporeuse, ce nouvel album semble intemporel grâce à une production plus classique mais qui rend honneur aux guitares qu’il n’hésite pas à compiler. Kurt Vile montre ici une ambition que l’on ne connaissait pas chez lui sans jamais tomber dans la démonstration pour autant. Passage de l’ombre à la lumière, Wakin On A Pretty Daze révèle toute sa force dans son ambiance radieuse et paisible. On ne sait pas s’il a signé son meilleur disque mais on voit en celui-ci un bel hommage à ces grands songwriters (Neil Young et Tom Petty ne sont jamais loin) qu’il a chéri toute sa vie.
                                                                               
Label : Matador


03. Justin Timberlake - The 20/20 Experience Part. 1


Quand on est un poids lourd de l’industrie musicale, sortir un disque tel que The 20/20 Experience est plutôt couillu. Loin des standards pop du moment, Timberlake a décidé de sortir un disque R’n’B soigné et exigeant qui se rapproche plus des expérimentations d’un Frank Ocean ou R. Kelly que de la plupart des guignols qui trustent les charts. Timberlake aide à redonner au R’n’B ses lettres de noblesses qui était tombé en désuétude il y a quelques années. Dépassant souvent les 7 minutes, l’artiste s’amuse à développer des compositions riches en instrumentations et en idées. Au final The 20/20 Experience réussi à concilier une exigence artistique tout en réussissant à vendre des camions entiers d’albums (c’est le disque le plus vendu de l’année aux Etats Unis). Les amoureux de la musique apprécieront The 20/20 Experience pour sa finesse mais aussi pour la production soignée de Timbaland qui signe là son grand retour. Enfin le mec s’est décidé d’arrêter de recopier depuis 7 ans la même recette. Il semble enfin prendre du plaisir à produire quelque chose de nouveau avec ce disque aux idées nombreuses. Sa meilleure production depuis… FutureSex/LoveSounds.

Label : RCA


02. Darkside - Psychic


Nicolas Jaar est doué certes mais on ne s’attendait pas à une telle claque face à Psychic, une œuvre ambitieuse qui puise sa force dans l’ambiance qui se dégage tout au long de l’album. Durant 45 minutes, Dave Harrington et Jaar nous embarque dans une virée hypnotique, portée par 7 compositions brillantes rappelant parfois le dernier Liars mais en plus réussi ne nous détrompons pas. Ce qui frappe sur tout le disque, c’est l’étonnante dualité entre rock classique et musique électronique. Ce road trip poussiéreux et nocturne sur les routes des Etats Unis se transforme petit à petit devant nos yeux en une exploration des bas fonds New Yorkais jusqu’au club moite destination finale de chaque chanson. La vision partagée entre traditionalisme rock et sonorités modernes est parfaitement remplie, en résulte un disque classe, excitant et enivrant.
                                                                               
Label : Matador


01. Tim Hecker - Virgins


Tim Hecker et moi c’est une longue et douloureuse histoire. En 2009, je fais la découverte de cet artiste avec An Imaginary Country salué par tous. Une écoute plus tard, on laisse tomber. Sa musique ambient nous emmerde profondément, on a mieux à faire. En 2011, c’est la même histoire avec Ravedeath, 1972 plébiscité par les critiques mais qui m’est complètement hermétique. Je me demande encore ce qui m’a poussé à donner sa chance à Virgins. Hormis là encore les critiques qui n’en peuvent plus, peut être est ce la magnifique pochette ou simplement l’espoir de voir la lumière dans sa musique. Oui, donc, la lumière on l’a vu bien comme il faut.

Là où Virgins surpasse tout ce qu’on a entendu depuis des lustres, c’est dans sa dualité. Durant 50 minutes, on assiste à un affrontement constant entre la lumière et la noirceur, chaque composition baigne dans une atmosphère apocalyptique d’où émane une fragilité à travers une mélodie de piano qui, la minute suivante, se déconstruira sous nos yeux. Jamais évident, Tim Hecker construit une œuvre qui prend peu à peu forme sous nos yeux. Comme une peinture que l’on réaliserait devant nous, les formes sont floues et imprécises jusqu’à ce qu’un détail éclaircisse la vision globale du tableau. Alors que vous vous installez dans une zone de confort, un nouvel élément vient bouleverser cette vision et remet en cause ce qui vous semblez jusqu’ici évident. Cette dualité exprimée dans sa musique finit par vous atteindre. Inquiétant et émouvant à la fois, Virgins vous bouscule sans arrêt, l’apaisement que vous atteindrez ne durera jamais longtemps, la tristesse prendra alors rapidement le pas.

Virgins devait à l’origine être deuxième de ce classement mais cet album ne cesse de m’émouvoir et de me bouleverser chaque écoute ne le rend que meilleur. Depuis 2010, rare sont les disques qui atteignent une telle perfection car Tim Hecker vient de produire un disque unique et incroyablement fort. Croyez comme moi que vous êtes le seul à même de comprendre ce disque, de comprendre toute la beauté qu’il cache et vous aurez beau vous persuader du contraire, vous continuerez à vous voiler la face car Virgins possède la force de ces grands disques qui paraissent terriblement personnels mais pourtant universels par sa maitrise des émotions qu’il nous livre à chaque instant. Virgins est un chef d’œuvre.
                                                                               

Label : Kranky


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